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    1/31/2008

    RUE89 : 2007, l'année où la com' politique a basculé

    2007, l'année où la com' politique a basculé

    Par Arnaud Mercier (Professeur à l’université de Metz)    12H57    30/12/2007

    La campagne présidentielle et la méthode Sarkozy marquent une nouvelle ère. Plus moderne, plus américaine, plus people.

    Candidats, médias, débats: la modernisation. La modernisation de notre vie politique du point de vue de la communication est apparue au grand jour lors de la campagne présidentielle. Ce fut d'abord un moment de renouvellement du personnel politique: pour la première fois depuis 1969, aucun des deux finalistes n’était un ancien candidat malheureux, un Président sortant ou un ancien Premier ministre. Renouvellement générationnel, aussi, avec pour la première fois trois quinquagénaires au trois premières places du scrutin.

    Le Net abondamment utilisé dans la campagne

    Cette situation a évidemment pesé sur les stratégies de communication. L’Internet a pour la première fois été abondamment utilisé. Ségolène Royal a misé toute sa campagne sur l’idéal de "démocratie participative" dont le vecteur principal fut la consultation en ligne, via des forums participatifs. Elle est allée jusqu’à prétendre que son programme était le fruit de la synthèse des milliers de discussions et propositions reçues.

    Durant la campagne, les cybermilitants ont été organisés selon un plan de bataille: certains étaient chargés de surveiller les forums des adversaires et de faire remonter des arguments échangés pour y trouver des parades, d'autres de répondre sur des forums, etc.

    Pour François Bayrou, l’Internet a été présenté comme un vecteur d’égalisation des situations, pour celui qui a fait des médias traditionnels une cible et un argument de campagne. Les médias, argue-t-il alors, sont aux mains des puissances industrielles qui favorisent son adversaire UMP; les journalistes restent prisonniers d’un schéma gauche droite (PS/UMP) qui ne lui permet pas d’occuper l’espace médiatique qu’il mérite.

    Quant à Nicolas Sarkozy, il a progressivement trouvé un usage spécifique de son site de campagne. L’UMP a compris plus vite que les autres partis, l’utilité de la bataille sur le Net, avec par exemple l’achat de noms pour faire aboutir les recherches Google sur son site, ou encore les adhésions express par électronique et le marketing politique par mail ou SMS. L’innovation est venue de la montée en puissance de la NSTV, une "télévision" à la gloire du candidat, faite de centaines de reportages vidéos: meetings, visites, déclarations, témoignages de soutien...

    Deux débats entre les deux tours

    Dans ce contexte, l’innovation du second tour de la présidentielle 2007 fut de livrer non pas un mais deux débats télévisés, avec en apéritif un débat entre Ségolène Royal et François Bayrou. Débat qui faillit ne jamais avoir lieu (à cause des règles de contrôle du CSA sur l’égalité des temps de parole des candidats), mais que BFM diffusa finalement. Plusieurs médias internet s’étaient d’ailleurs proposés pour l’organiser, si la diffusion sur les ondes télévisuelles s’avérait impossible.

    La mise en scène du premier débat était inhabituelle, la disposition des tables et le contexte évoquant davantage une discussion de salon autour d’un thé, que l’affrontement dual en face à face, comme ce fut le cas pour le second débat Royal/Sarkozy, de facture plus classique.

    Mais si le premier débat fut un coup médiatique, il en reste l’impression d’un coup d’épée dans l’eau: aucun projet d’alliance électorale ou gouvernementale n’en est ressorti. François Bayrou s’est employé à conserver sa position ni droite ni gauche, soulignant tour à tour ses points de rapprochement avec la candidate socialiste et ses points de désaccord.

    La colère de Ségolène Royal

    Le débat entre les deux tours (Stringer France/Reuters).Lors du second débat, l’histoire retiendra, comme toujours, un passage, celui de la colère de Ségolène Royal. Les commentateurs s’employant à percer un mystère: était-elle feinte et préparée ou non? Les deux protagonistes ont rejoué, en quelque sorte le fameux débat Laurent Fabius/Jacques Chirac, préparatoire à la campagne des législatives de mars 1986.

    Nicolas Sarkozy était accusé par tous ses adversaires d’être autoritaire et cassant, et de flirter avec les thèses du Front national. Il a donc choisi de se montrer courtois en toute circonstance, de se contrôler, de ne surtout pas déraper, donnant régulièrement du "madame Royal" à son adversaire.

    Celle-ci passe pour une femme de caractère certes, mais ses adversaires la présentent alors comme connaissant mal ses dossiers, manquant de pugnacité pour un rôle de chef de l’Etat trop grand pour elle. Du coup, elle décide d’être sévère, d’attaquer, d’essayer, comme l’avait fait Laurent Fabius en 1985 d’exciter son adversaire, pour le faire sortir de ses gonds, pour montrer son "vrai visage". Dans les deux cas, la tactique s’est retournée contre eux. (Voir la vidéo.)


     

    La stratégie du roseau de Sarkozy

    Ségolène Royal a été félicitée au soir du débat par ses amis du PS et ses supporters. Ils considéraient qu’elle avait dominé le débat; à l'inverse, des cadres de l’UMP avaient trouvé leur candidat trop dominé. Mais c’est justement parce qu’elle a gagné le débat qu’elle a perdu l’élection. Après avoir réussi à imposer l’image d’une femme d’ouverture, dialoguant dans une certaine proximité avec François Bayrou, elle a cassé cette image auprès des électeurs de centre droit, en se montrant par trop pugnace, voire un brin arrogante, d’autant qu’elle ne maîtrisa pas la totalité de son argumentaire, comme les journalistes l’ont souligné dans les heures qui suivirent.

    Nicolas Sarkozy n'a pas manqué de souligner les défauts d’une telle posture :

    "Pourquoi regardez-vous toute personne qui n'a pas votre opinion avec ironie, avec mépris?"

    La stratégie du roseau adoptée par Nicolas Sarkozy, forme de soumission volontaire, fut pour lui bien plus payante, puisqu’elle lui permit de rompre avec une image dure que la débauche de clips "sarkostiques" sur Internet avait puissamment contribué à installer. A cet égard, nous préférons retenir de ce débat un extrait emblématique et pas assez souligné dans la presse du lendemain, un échange en tout point étonnant et inhabituel, où l’un des candidats flatte l’autre et où un dialogue quasi sado-maso s’esquisse :

    Nicolas Sarkozy: Vous n'avez pas besoin d'être méprisante pour être brillante.

    Ségolène Royal: Je connais vos techniques. Dès que vous êtes gêné, vous vous posez en victime.

    Nicolas Sarkozy: Avec vous, ce serait une victime consentante!

    Ségolène Royal: Tant mieux, au moins, il y a du plaisir.

    Bien sûr, comme pour toute élection, les stratégies de communication ne sont pas le seul et principal facteur explicatif du résultat du vote, mais on peut à bon droit souligner que Nicolas Sarkozy a su mieux gérer la sienne.

    De plus, Ségolène Royal est finalement partie avec un handicap que le Parti socialiste ferait bien de méditer à l’avenir. Elle a gagné une primaire interne assez dure, bien médiatisée, y compris avec des débats à trois à la télévision. Ce qui pourrait passer pour un atout -elle sort renforcée dans sa légitimité- s’avère un facteur de fragilisation.

    En effet, l’UMP avait mis en place une cellule de veille des propos de campagne des trois socialistes et a pu ainsi se constituer un stock d’arguments hostiles à resservir au candidat désigné par les militants. Le procès en incompétence nourri contre la candidate socialiste, mettant en scène ses "bourdes", ses déclarations supposées à l’emporte-pièce, a ainsi pris naissance lors de la campagne interne au PS.

    Surmenage, débauchage, langage: l'américanisation. Une fois élu président de la République, Nicolas Sarkozy a tout de suite imposé un style nouveau à l’Elysée. Il se pose en rupture avec la tradition républicaine faisant du Président une sorte de monarque, prenant de la hauteur, assurant "par son arbitrage" comme le professe l’article 7 de la Constitution, le bon fonctionnement de nos institutions.

    Depuis son entrée au ministère de l’Intérieur en 2002, Nicolas Sarkozy se positionne sur un créneau dont il ne se départit jamais: il est l’homme de l’agir. Répondant à une des critiques fortes et rémanentes de l’opinion publique vis-à-vis de notre classe politique: ils sont incapables de faire changer les choses; Nicolas Sarkozy entend être vu agissant.

    Il a multiplié les déplacements sur le terrain, les rencontres, les participations directes à des opérations de surveillance, de contrôle… Il a mis en place une série d’indicateurs de traitement de la délinquance afin de pouvoir chiffrer l’efficacité de son action, en imposant une logique du chiffre aux policiers (au prix de quelques torsions parfois, pour aboutir au résultat escompté, celui d’une baisse de la délinquance statistique).

    Une ouverture qui rappelle la vie politique américaine

    Cette conception de la politique, il l’a importée à l’Elysée, en se présentant comme un homme d’action, présent sur tous les terrains, au point de mettre dans l’ombre le Premier ministre et la plupart des autres.

    Cette très forte présidentialisation de la Ve République la fait, du coup, ressembler beaucoup au système américain. Le président se veut pragmatique, homme d’action avant tout, qui s’engage pour quatre ans à changer les choses sur quelques points précis.

    Pragmatisme qu’on retrouve dans la volonté d’ouverture gouvernemental, faisant sauter le clivage gauche droite autour de l’idée d’hommes de bonne volonté et de convictions capables de s’entendre sur un projet. De même, aux Etats-Unis, la séparation entre démocrates et républicains n’a rien d’une barrière intangible, tout au contraire, les points d’accord sont souvent nombreux.

    Une mise en avant du corps du Président

    Nicolas Sarkozy en jogging à New York (Eric Thayer/Reuters).Cette américanisation on la retrouve aussi dans le style beaucoup plus décontracté, moins guindé, que le nouveau Président impose. La mise en scène de son énergie passe par la mise en avant de son corps. L’arrivée en tenue de jogging à l’Elysée avec son Premier ministre, ou son jogging à New York lors d’une visite aux Etats-Unis, sont ainsi les marqueurs d’une volonté de rupture avec le style compassé des anciens Présidents, même si Valery Giscard d’Estaing avait, en son temps, fait des efforts pour être vu jouant au foot ou se baignant.

    L’idée que le Président doit faire preuve d’énergie et manifestée par son attitude corporelle. Cette faculté à agir est omniprésente dans la vie politique américaine, où le Président et les candidats à la présidence font assaut de mises en scène de leurs activités sportives (VTT, golf, jogging…) ou encore de leurs facultés à danser, comme récemment à la télévision, dans des émissions de show, avec Barack Obama ou son adversaire républicain Rudolph Giuliani.

    Américanisation de notre vie politique, aussi, dans la façon de s’exprimer: Nicolas Sarkozy souhaite démentir une critique faite en permanence à la classe politique, "ils sont trop éloignés de nos réalités", "pas des gens comme nous"... Dans sa façon de s’exprimer et de s’habiller (souvent en chemise et sans cravate), il entend abolir le sentiment de distance que des personnalités comme le général de Gaulle ou François Mitterrand s’employaient, eux, à entretenir

    D’un abord facile, parlant comme tout le monde ("racaille") Nicolas Sarkozy veut incarner un style direct, voire familier, comme ce 6 novembre, lors de ce dialogue avec un marin-pêcheur qu’il tutoie d’emblée et menace sur un ton qui évoque plus une altercation de cités que la docte parole présidentielle:

    "C'est toi qu'as dit ça, ben descends un peu le dire, descends un peu! Si tu crois que c'est en insultant que tu vas régler le problème des pécheurs, et bien pé-permets moi de te dire... bien viens, viens, viens qu'on discute!" (Voir la vidéo.)


     

    Il faut noter au passage un élément de contradiction dans la communication présidentielle. L’ostentation dont il fait preuve dans ses goûts (Rolex au poignet, dîner au Fouquet’s, vacances sur un yacht prêté par un riche industriels ami…) infirment partiellement sa volonté de se montrer "comme tout le monde".

    Cécilia, Carla, et caetera: la "monégasquisation". Le propre du marketing politique est de vouloir vendre une personnalité autant sur ses qualités personnelles que sur son programme. Dès 1965, avec la première campagne pensée d’un point de vue publicitaire et marketing, Jean Lecanuet a été mis en scène dans sa vie privée, en famille. Valery Giscard d’Estaing fera de même en 1974, avec sa première affiche, aux côtés de sa fille.

    Plus tard, au milieu des années 80, TF1 pour concurrencer le succès de l’émission politique phare de l’époque, L’Heure de vérité (sur Antenne 2), inventa "Questions à domicile", émission commençant par un visite des appartements privés de l’invité politique, ou plutôt de l’invitant.

    Dévoiler son chez soi était présenté comme une façon de mieux comprendre la personnalité de l’interviewé. La "pipolisation" de la vie politique n’est donc pas un phénomène entièrement nouveau , si on la considère sous l’angle du dévoilement de l’intimité. Mais ces deux dernières années marquent incontestablement un tournant.

    Le boomerang de la "pipolisation"

    En effet, si les hommes politiques ont pu mettre eux-mêmes en scène leur vie privée, au mieux de leurs intérêts du moment, le boomerang semble leur revenir au visage, singulièrement à celui de Nicolas Sarkozy. Ayant mis sous les feux de la rampe sa femme et son fils Louis, Nicolas Sarkozy s’est exposé à voir sa vie sentimentale être déballée sans contrôle.

    Paris Match a publié le 25 août 2005 des photos de Cécilia Sarkozy et de son ami présumé du moment, Richard Attias, prises à New York et à Paris, sous le titre "L'heure du choix". Le Journal du Dimanche a pu aussi s’intéresser à l’absence d’émargement de Cécilia Sarkozy sur les listes électorales de son bureau de vote, prouvant ainsi qu’elle n’avait pas été voter pour son mari à la présidentielle.

    Information qu’il ne serait venu à personne de vérifier avant... (elle a finalement été censurée au JDD avant que Rue89 ne révèle l'affaire). De la même manière, le magazine people Closer a-t-il décidé de publier des photos du couple Hollande-Royal à la plage, montrant donc la candidate à l’investiture du PS en bikini, en août 2006.

    Les tabloids ont élargi leur "clientèle" au personnel politique

    La concurrence introduite par une nouvelle génération de titres "people" pousse sans doute à étendre le marché des gens ciblés. Les femmes et hommes politiques en font désormais partie. La vie de couple tumultueuse du président Sarkozy offre à la presse un excellent prétexte à trouver cette pipolisation des politiques légitime. L’annonce du divorce présidentiel, le 18 octobre 2007, était inédite. Elle ouvre la voie à une ère nouvelle, celle d’une monégasquisation de notre vie politique, la vie sentimentale du Président devenant aussi épiée que celle du prince et des princesses du Rocher.

    Nicolas Sarkozy et Carla Bruni en Egypte (STR New/Reuters).Là où une sorte d’omerta régnait dans les rédactions concernant la vie sentimentale et sexuelle des hommes politiques (la fille cachée de François Mitterrand a été un secret de Polichinelle bien gardé durant des années), la liaison d’à peine un mois avec le mannequin Carla Bruni fait très vite la une des journaux, suivant une logique de dévoilement qui tient du "forcé-négocié".

    Les paparazzis planquaient devant chez la chanteuse et la filaient, faisant en sorte que le couple n’avait plus d’autre choix que d’essayer de maîtriser ce qui pouvait l’être: le lieu de l’officialisation de leur idylle, en l’occurrence le très américain, familial, convivial, Eurodisney.

    Le temps des vacances devient politique

    Le temps des vacances, celui de la disparition provisoire de la scène publique devient donc aussi un temps politique, Nicolas Sarkozy livrant de bonne grâce ou à son corps défendant des images de lui, au repos ou en visite, sur un yacht ou dans un hôtel, aux Etats-unis ou en Egypte, avec Rachida Dati ou Carla Bruni, nourrissant les commentaires, les allusions, les suspicions, alimentant des chroniques qui n’ont plus rien de politiques.

    Nul doute que l’année 2007 marque une année de rupture dans la conception de la fonction présidentielle. La personnalité de Nicolas Sarkozy y est pour beaucoup, mais d’autres facteurs jouent. Ce sont aussi les effets -pas toujours bien anticipés- du quinquennat, renforçant de fait la présidentialisation et la personnalisation du régime.

    Un effet générationnel

    Ce sont encore les effets d’un renouvellement de génération. L’arrivée d’un personnel né après la guerre, qui a toujours connu la télévision, qui a découvert le militantisme non pas dans le maquis, sur les barricades, mais sur les plateaux, à qui il ne viendrait même pas à l’esprit de critiquer le recours aux ressources du marketing à des fins politiques. L’arrivée enfin d’une génération qui, si elle croit à la politique, est quand même porteuse d’une certaine forme de désenchantement, au profit d’un discours de la proximité, de la banalisation de la politique.

    Vers une dépolitisation?

    Ce positionnement rencontre sans conteste un public mais n’est-il pas, à terme, lourd de menaces sur un futur regain de désenchantement, sur une banalisation qui irait jusqu’au désintérêt, jusqu’à une franche dépolitisation? Peut-être Coluche a-t-il eu le tort d’avoir raison trop tôt lorsqu’il s’écriait en 1980:

    "Les hommes politiques sont des clowns, alors votez pour un clown!"

    1/29/2008

    Nicolas Sarkozy contre l'espérance républicaine, par Bariza Khiari et Jean-Pierre Michel

    Après une intervention de grande qualité à la Mutualité lors de la journée de lancement des municipales pour le PS, Bariza nous offre, sur le même thème, une bien belle tribune dans Le Monde, co-signée avec Jean-Pierre Michel. Merci pour ces quelques mots de bon sens à lire et relire sans modération. 

     

     

    Nicolas Sarkozy contre l'espérance républicaine,

    par Bariza Khiari et Jean-Pierre Michel

    LE MONDE | 28.01.08 |

    Comme il l'avait fait avec les imams lors des émeutes dans les banlieues en 2005, Nicolas Sarkozy prône la présence des religions dans le champ politique pour pacifier les tensions sociales aggravées par sa politique. Après avoir tenté d'ethniciser la question sociale, il essaie aujourd'hui de la confessionnaliser. En survalorisant l'appartenance religieuse par rapport à l'appartenance à la nation républicaine, il contribue un peu plus chaque jour à communautariser notre société. En hiérarchisant les monothéismes, il instille un ferment de division supplémentaire, comme il l'a déjà fait entre Français et immigrés, ou entre salariés du public et du privé.

    En déclarant que, dans l'apprentissage des valeurs, "jamais l'instituteur ne pourra remplacer le pasteur ou le curé" et que la morale laïque "risque toujours de s'épuiser", le chef de l'Etat tente de discréditer la laïcité et l'école républicaine, son lieu d'expression historique. Cela revient à affirmer la supériorité de la foi sur la raison. Cette dérive doit être refusée catégoriquement. Foi et raison relèvent de deux domaines distincts. C'est cela l'intuition fondamentale de la laïcité. Les valeurs républicaines transmises par l'instituteur sont la condition du vivre ensemble. Héritée des Lumières, la morale laïque est une étape essentielle dans la construction d'un individu autonome et d'un citoyen libre et éclairé.

    Voilà pourquoi le principe de laïcité et la loi de 1905 ne peuvent donner lieu à aucun compromis. La laïcité n'est pas amendable, elle n'a pas à être "ouverte" ou "positive". Les jeux rhétoriques autour du terme de laïcité masquent mal la volonté du président de restaurer une certaine confusion entre Etat et religion.

    Les valeurs républicaines restent le remède aux tensions que nous connaissons actuellement. Seul le respect de la loi de 1905 peut constituer une garantie face au mouvement d'atomisation de la société. La laïcité n'est pas une contrainte, mais un instrument essentiel d'émancipation et de libération. Pour justifier ses attaques contre la loi de 1905, Nicolas Sarkozy prend notamment pour prétexte la nécessité de donner aux musulmans de France la possibilité d'exercer dignement leur culte. Quel paradoxe, si l'on se souvient des "moutons égorgés dans la baignoire" et de ses autres dérapages !

    Puisque cette question de l'islam est posée, nous devons y répondre avec clarté. Non, il n'y a pas plus ni moins d'incompatibilité entre l'islam et la République laïque qu'entre les autres religions et la République ! Il n'y a pas d'incompatibilité dès lors que la République installe un cadre rigoureux, dès lors qu'elle ne transige pas sur ses principes fondateurs. La loi sur les signes religieux à l'école en constitue le meilleur exemple.

    RÉVISION DANGEREUSE ET INUTILE

    Les conditions dans lesquelles les musulmans de France peuvent pratiquer leur culte sont trop souvent indignes et doivent indéniablement être améliorées. Mais cet effort ne nécessite pas une révision des principes de 1905, qui serait dangereuse et inutile.

    Dangereuse, puisqu'elle signifierait une porte ouverte à divers mouvements obscurantistes ou sectaires. Inutile dans la mesure où la puissance publique dispose d'ores et déjà des moyens politiques et juridiques nécessaires pour donner aux musulmans les mêmes droits qu'aux autres croyants. S'il est souvent difficile de construire une mosquée, ce n'est pas parce que le cadre juridique serait trop restrictif, mais par défaut de volonté politique. Ce sont d'ailleurs souvent les élus de droite qui refusent d'accorder les permis de construire pour les mosquées.

    La diversité et l'acceptation de l'islam sont le test de crédibilité de notre République laïque, qui doit pouvoir concilier les termes du triptyque République, laïcité, égalité. La République n'est pas seulement une forme de régime politique. Elle est un ensemble de principes, de valeurs. Elle est surtout un projet. Affirmer que la République a besoin de croyants convaincus, c'est nier la valeur de ce projet.

    La République n'a pas besoin de croyants pour exister, elle a besoin de citoyens égaux qui bâtissent ensemble leur avenir. L'espérance n'appartient pas aux seules religions. La République elle-même est la plus grande de nos espérances : espérance dans nos valeurs et notre projet commun, espérance dans la justice sociale, espérance dans un monde meilleur, ici et maintenant.


    Bariza Khiari, sénatrice de Paris, membre du bureau national du Parti socialiste

    Jean-Pierre Michel, Sénateur (PS) de la Haute-Saône

    1/22/2008

    Intervention de Laurent Fabius - La Mutualité, 20/01/08, lancement national campagne PS pour les municipales et cantonnales.

    Intervention de Laurent Fabius à l’occasion du rassemblement des secrétaires de section à la salle de la Mutualité, pour marquer le lancement de la campagne nationale du Parti socialiste en vue des élections du 9 et du 16 mars.

    Chers camarades, je m’exprime ici d’abord comme candidat aux élections municipales à Grand-Quevilly où nous avons 72 % de logements sociaux, ce qui montre qu’on peut atteindre les 20 % sans drame.

    La question est parfois posée, elle a été fort bien posée, et ensuite écartée bien sûr par Bertrand, par Ségolène : élection nationale ou élection locale ? La réponse est évidente : locale d’abord. Les conseillers généraux, les élus municipaux ont des projets locaux à faire valoir. Pour avoir pris connaissance de pas mal de ces projets locaux, je crois que le mot principal à travers nos cinq propositions, c’est le mot « solidarité », car c’est celui-là qui fait le lien avec tous les autres et qui nous distinguent fondamentalement des listes de droite.

    Mais au-delà, est-ce que ce sera un scrutin national ? Bien sûr que oui. D’abord parce que, excusez l’évidence, c’est la première fois, depuis les élections législatives et présidentielles, que tous les Français sont appelés aux urnes. Ensuite, parce que le Président de la République lui-même, dans ce temple de l’objectivité républicaine qui s’appelle le conseil de l’UMP, avec son ami Tony Blair, a dit qu’il entendait s’impliquer dans les élections municipales et départementales. Et puis parce que nous-mêmes, nous nous apprêtons à faire la même chose, parce que ces élections auront bien sûr un impact sur la vie nationale et parce que, c’est l’élément supplémentaire que j’apporte, selon le résultat de ces élections, la politique qui sera suivie ne sera pas la même.

    Si au soir du deuxième tour, j’allais dire « Dieu nous en garde ! », c’est un succès de la droite, qu’entendra-t-on ? Le président de la République qui, une fois n’est pas coutume, apparaîtra à la télévision nous dira : « Ma politique a été confirmée, je continue et même, je double. »

    Si c’est la gauche, comme nous le souhaitons tous, qui l’emporte, il y aura nécessairement des inflexions.

    Je souhaite, c’est le message que je veux apporter à notre réunion, que ces élections dans sept semaines soient des élections carton jaune. Je m’explique : carton jaune d’abord sur la question de l’amputation du pouvoir d’achat.

    Le président de la République a fait campagne, non pas comme on le dit souvent, pour dire : « Je serai le président du pouvoir d’achat », non ; la formule exacte est : « Je serai le président de l’augmentation du pouvoir d’achat ». Tous les mots y sont, simplement pas dans le bon ordre : l’augmentation du pouvoir d’achat du Président, oui !

    Quand on regarde, vous êtes sur les marchés en ce moment pour la campagne, que nous dit-on ? « Tout augmente, sauf les salaires. » Alors je sais bien qu’il y a le « travailler plus pour gagner plus », mais je n’ai pas vu beaucoup de salariés se précipiter avec leur feuille de paie, disant : « M. le député, M. le candidat au conseil municipal ou au conseil général, regardez comme ma paie a augmenté ! » Il y en a sûrement, le regretté François Mitterrand disait : « Il y a des poissons volants, mais ce n’est pas la majorité des poissons. »

    Les chômeurs en tout cas, pas concernés ; les temps partiels, pas concernés ; les retraités, pas concernés ; les retraités, en tant que premier adjoint à la mairie de Grand-Quevilly, à la fin de l’année, j’ai eu le banquet des personnes âgées et j’ai fait le tour des tables, comme chacun d’entre nous le fait, et qu’est-ce que j’ai entendu ? « 1,1 % : on se moque de nous ! » 25 % qui était promis, as-tu dit Ségolène, 1,1 %. Et on pourrait continuer la liste. Carton jaune contre l’amputation du pouvoir d’achat.

    Vous me direz : « Mais si tout le monde était appelé à l’effort », oui, mais tout le monde n’est pas appelé à l’effort. On rappelait le bouclier fiscal, et il ne faut pas citer les choses de manière abstraite, il faut citer les chiffres dans le Nord-Pas-de-Calais qui n’est quand même pas la région la plus riche de France, 111 personnes ont reçu en moyenne un chèque du Trésor public de 89 500€. Et j’invite tous ceux qui font campagne, c’est-à-dire vous tous, à se procurer la moyenne dans chaque région, car elle est publique.

    Si encore l’effort avait été demandé à tous les Français pour mettre l’accent sur les priorités, oui : éducation, recherche, PME, innovation, mais rien ! Rien ! Alors cela mérite un carton jaune. Mais le carton jaune, nous n’avons pas la possibilité d’expulsion ! Mais le carton jaune doit aller plus loin et servir d’avertissement pour la suite, car dès après les élections de mars, il y aura des décisions.

    Cette année, par une coïncidence extraordinaire, avril tombe après mars, et on nous a annoncé en avril des décisions sur l’assurance maladie ; en mai, des décisions sur la retraite ; en juin, un collectif budgétaire et une modification des règles du contrat de travail. Que se passera-t-il ?

    On va reparler, mais il faut en reparler dès maintenant, de l’augmentation de la TVA, de l’augmentation de la CSG, de l’allongement de la CRDS, de l’aggravation des taxations médicales et de ce qui se prépare si les résultats ne sont pas au rendez-vous. Oui, sans doute, on gardera la durée légale du travail mais on fera en sorte que dans chaque entreprise où le salarié est en situation de difficulté, de faiblesse par rapport à l’employeur, on puisse avoir des dispositions plus défavorables que la loi. C’est cela qui est dans les tuyaux. Et il faut donc, au soir du 9 et du 16 mars, qu’il y ait une protestation, un carton jaune de la population française pour dire : « Non, il faut changer de politique, n’aggravez pas une politique qui d’ores et déjà a échoué. »

    Carton jaune aussi, mes camarades, sur ce que j’appellerai pudiquement la « pratique du pouvoir ». L’autre jour, dans sa conférence de presse, le président de la République a pris à parti un journaliste parce qu’il avait eu l’audace de parler de monarchie. Mais quand on prend l’étymologie, quand un seul concentre toutes les décisions, cela s’appelle quand même comme ça. Les citoyens ont élu un président de la République, et ils se retrouvent avec une monarchie élective.

    Alors je pense qu’il faut dire ce qu’on pense de cela. Monarchie élective, non ; phénomène de cour, non ; Premier ministre autrefois collaborateur, maintenant paraît-il, cela changera ; les ministres faire-valoir, rivés à leur téléphone, attendant un signe d’encouragement pour passer une nuit calme, ce n’est pas possible.

    La proximité avec les intérêts financiers et l’occupation, il n’y a pas d’autre terme, des écrans et des médias audiovisuels, c’est pourquoi j’insiste, François l’a fait l’autre jour, je l’ai fait aussi moi-même, sur la nécessité impérieuse d’établir dans ce pays l’égalité audiovisuelle parce que c’est une clé de la démocratie.

    Qu’est-ce qu’on attend d’un président de la République en ce moment ?

    Il y a de graves menaces et de graves crises ; il y a la menace du terrorisme, mais nous l’opposition, on ne nous informe de rien. Il y a la menace de la dissémination nucléaire ; je n’ai pas, a priori, d’opinion sur la question de savoir s’il faut ou non vendre des centrales à tel ou tel pays du Moyen-Orient, mais je sais que si la France veut faire de cela une politique, il faut qu’elle nous explique comment l’utilisation de ces centrales ne se traduira pas à terme par un risque d’augmentation de la dissémination nucléaire.

    Il y a le risque, et pas le risque, la menace climatique et il y a la menace financière et c’est là-dessus qu’on attend le chef de l’Etat. Donc au lieu de s’occuper de tâches latérales, qu’il explique au pays, à l’Europe et au monde ce que sont les solutions de la France pour en discuter et pour avancer.

    Qu’est-ce que j’ai entendu en faisant campagne comme vous ? On attendait d’un chef de l’Etat dignité ; on attendait de l’efficacité ; on attendait une certaine sobriété et l’on a un étalage agité et parfois même immature.

    Voilà ce que j’avais à dire, mes camarades.

    Nous avions demandé un référendum sur le Traité européen. Il semble que M. Sarkozy fasse en sorte que ce référendum n’ait pas lieu. Oui, mais voilà, les élections du 9 et 16 mars, elles, ne pourront pas être annulées.

    Nous les affrontons avec des atouts, et si nous ne gagnons pas, cela ne pourrait venir que de nos propres insuffisances. On les connaît, on les a pour une part expérimentées : il y a la division et de ce point de vue-là, le rassemblement d’aujourd’hui fait plaisir, et fera plaisir bien au-delà de nos rangs.

    Il y a la dispersion qui consisterait à ne pas se concentrer sur cette échéance-là, et puis il y a la dilution qui pourrait faire croire à certains, à tort, que c’est en multipliant les œillades à la droite qu’on rassemble la gauche.

    Le rassemblement oui, mais n’oublions pas d’abord notre base politique et sociale.

    Ce que je veux dire pour terminer est tout simple : les 9 et 16 mars, on votera pour de bons candidats socialistes aux mairies ; pour de bons candidats socialistes dans les conseils généraux, mais on votera aussi je l’espère en brandissant un carton jaune contre l’amputation du pouvoir d’achat et contre les pratiques du pouvoir.

    On rappellera à ceux qui nous président que notre conception des choses, celle des Français, n’est pas : « On est élu un dimanche et puis c’est le bon plaisir et puis rendez-vous cinq après ! » Non, entre temps, il y a les rendez-vous avec le quotidien des Français. Ce rendez-vous là, pour nous, c’est le 9 et le 16 mars et nous pouvons faire en sorte que ce soit un rendez-vous gagnant. Merci.

     

    1/15/2008

    Rencontre avec la HALDE : logement et discriminations.

    Débat avec Louis Schweitzer, Président de la HALDE[1],

    Dans le cadre des rencontres sur le logement organisées par Marie-Noëlle Lienemann, pour Gauche Avenir.

     

    (Janvier 2008, Paris)

     

     

    Parmi les sujets retenus par la HALDE, l’enjeu pour l’accès au logement[2] s’est rapidement imposé.

    Mais le domaine de la discrimination dans l’accès au logement est un sujet difficile ; Première constatation de Louis Schweitzer : la HALDE n’est pas forcément bien armée pour l’aborder.

     

    Aujourd’hui, les réclamations transmises à la HALDE se répartissent comme suit :

    -         50% concernent l’emploi,

    -         6% seulement concernent le logement (3% pour le logement privé, 3% pour le logement public).

    Est-ce à dire qu’il y a si peu de discrimination dans le logement ?

     

    Etonnée de recevoir si peu de réclamations sur un thème aussi sensible, la HALDE a donc décidé d’organiser des tests[3] avec des candidats susceptibles d’être discriminés, pour mieux se rendre compte de la réalité sur le terrain.

    Typologie des témoins : couple d’origine maghrébine, couple d’origine africaine, femme seule avec enfants ; ces candidats devant être comparés à des candidats dits de référence.

    Les tests ont été menés dans différentes régions de France.

     

    Résultat :

    Les candidats africains et maghrébins ont 3 fois moins de chance d’obtenir un rendez-vous pour visiter un appartement.

    Et à l’issue du rendez-vous, encore 3 fois moins de chance de signer un bail pour toutes les catégories de candidats « discriminés » par rapport aux candidats de référence.

    Soit au total, 9 fois moins de chance !

     

    La réalité de la discrimination dans l’accès au logement est donc incontestable !

    Le test n’a pu être réalisé que dans le secteur privé ; dans le secteur public il est impossible à mener du fait des listes d’attente sur lesquelles il faut s’inscrire, la durée d’attente pouvant atteindre entre 3 et 5 ans en région parisienne notamment.

     

    La HALDE a essayé de se rapprocher de groupements de propriétaires pour essayer de comprendre les mécanismes de ces discriminations.

    L’accueil a été plutôt tiède. Les raisons invoquées pour justifier ces discriminations ont porté sur la liberté de choix des propriétaires, le risque de les dissuader de mettre leurs biens en location si la loi devenait trop rigide, …

     

    La FNAIM[4], elle, a passé une convention avec la HALDE.  L’Union des Administrateurs de biens également.

    Les organismes signataires s’engagent notamment à refuser de publier des annonces dont les propriétaires affichent des exigences discriminatoires.

     

    Pour autant, les discriminations existent toujours car elles sont difficiles à prouver.

     

    Dans le logement social public, les réclamations parvenues à la HALDE concernent surtout des problèmes liés aux personnes handicapées (accès) ou à la localisation des logements proposés (quartiers, région).

     

     

     

    Recommandations faites par la HALDE au précédent gouvernement (travail commandé par Mr Borloo), dans le cadre d’une conférence de consensus :

     

    ·        On ne sait pas gérer une situation de pénurie de façon juste ; il faut donc augmenter l’offre de logements.

    ·        On ne peut pas assurer la diversité que dans les quartiers pauvres.
    Cela pose le problème de la création de réserves foncières. Il faut des systèmes de subvention, des moyens juridiques. Il faut que l’Etat puisse se substituer aux collectivités locales.

    ·        La diversité implique la prise en considération de la stratégie des gens (par exemple : la sectorisation scolaire provoque des stratégies pour que ses enfants soient inscrits ou évitent certaines écoles) ; il faut des politiques d’accompagnement en matière de transport, de loisirs, d’éducation, …

    ·        Il faut donner le droit de vote aux étrangers pour les municipales.

    ·        L’accession à la propriété du parc social (vente de HLM) n’est pas une bonne chose tant qu’on est en situation de pénurie, car elle renforce entre autres le problème de fluidité.

    ·        La HALDE demande plus de transparence dans l’attribution des logements sociaux (car ce manque de lisibilité dans les attributions renforce le sentiment de l’existence de discriminations, ce sentiment d’être discriminé étant aussi préjudiciable qu’une discrimination établie).

     

     

    Quelques problèmes de méthodologie :

     

    o          Pour réaliser, atteindre l’objectif de mixité sociale, on ne peut pas légalement établir des critères ou quotas ethniques, d’origine … donc la mixité se calcule juste sur des critères sociaux (niveaux de formation, revenus, CSP[5] …).
    Il faudrait pouvoir rétablir la possibilité de réaliser des études statistiques sur des critères d’origine pour être plus dans la réalité, mais actuellement, pour rester dans le cadre de la légalité, cela implique de travailler sur des données déclaratives facultatives, ce qui limite la lisibilité desdites études.

    o          Une intervention dans la salle propose de considérer la diversité générationnelle dans la définition de la mixité, car cela n’est pas pris en compte actuellement.
    Louis Schweitzer n’est pas persuadé qu’imposer de la mixité générationnelle soit une bonne idée, pour des raisons de modes de vie, d’activités, différents selon les âges …

    o          Une intervention dans la salle rappelle qu’en Angleterre notamment, les collectivités locales peuvent acheter des droits d’attribution dans des programmes privés de construction pour ensuite y installer des locataires demandeurs du logement social.
    La collectivité peut se substituer au propriétaire pour percevoir les loyers des locataires, gérer les situations d’impayés, réaliser certains travaux, et parallèlement elle règle directement le loyer dû au propriétaire, le déchargeant des risques liés à la location.

    o          Marie-Noëlle Lienemann propose également d’imposer par exemple 20% (taux à réfléchir) de logement social dans tout programme de construction de logements neufs, ce qui permettrait de dépasser les objectifs de construction de la loi SRU, notoirement insuffisants pour augmenter la taille du parc locatif social rapidement.

     

     

    Quelques informations complémentaires :

    En 2006, la pénurie de logement est évaluée entre 600 et 900 000 unités, et il y a environ 1 million de demandeurs de logement, dont un tiers pour la région Île de France.

    Facteur aggravant de cette pénurie : un état de mal-logement qui concernerait près de 3 millions de personnes d’après une étude menée en 2006 par la fondation Abbé-Pierre.

     

     



    [1] HALDE : Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité créée par la loi du 30 décembre 2004 et présidée par Louis Schweitzer. C’est une autorité administrative indépendante.

    Ses missions : lutter contre les discriminations prohibées par la loi, accompagner les victimes, identifier et promouvoir les bonnes pratiques pour faire entrer dans les faits le principe d’égalité, ...

    La HALDE dispose de pouvoir d’investigation et peut monter des dossiers.

    http://www.halde.fr

    [2] La loi du 6 juillet 1989 pose le principe de non discrimination en matière d’accès au logement avec un aménagement de la charge de la preuve au profit du locataire.

    [3] La loi du 31 mars 2006 élargit les pouvoirs de la HALDE, notamment en lui permettant d’engager des transactions pénales. Elle a également donné valeur légale aux tests de discrimination.

    [4] FNAIM : Fédération Nationale de l’Immobilier, syndicat professionnel qui représente 70% des agences immobilières.

    [5] CSP : nomenclature de catégories socioprofessionnelles ; les individus sont classés selon leur situation professionnelle considérée selon plusieurs critères (métier proprement dit, activité économique, qualification, position hiérarchique et statut).

    1/14/2008

    Pétition nationale et Info média


    SOUTENEZ ET RELAYEZ LA PETITION POPULAIRE POUR L’EGALITE AUDIOVISUELLE


    Les médias audiovisuels ont pris une place décisive dans l’équilibre de
    notre démocratie.

    Actuellement, cet équilibre est bafoué puisque le temps de parole
    considérable du Président de la République et de ses conseillers dans
    les médias n’est pas comptabilisé. Il n’est légalement pas prévu pour
    les forces démocratiques de lui répondre d’une façon égale. C’est
    d’autant plus inquiétant qu’une partie des médias audiovisuels et de
    presse écrite est la propriété de groupes industriels et financiers
    proches du pouvoir.

    C’est pourquoi nous exigeons qu’une disposition constitutionnelle soit
    adoptée, qui impose désormais le respect d’une vraie règle des trois
    tiers pour les temps de parole audiovisuel : un tiers pour le Président
    de la République et le gouvernement, un tiers pour la majorité, un tiers
    pour les forces d’opposition.

    Seule cette règle sera de nature à freiner la saturation et la
    propagande actuelles, et à amener un meilleur équilibre indispensable à
    notre démocratie.

    Tel est le but de cette pétition populaire pour l’égalité audiovisuelle,
    dont nous sommes signataires.


    www.egalite-audiovisuelle.fr




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    1/11/2008

    biodiversité et agriculture

    Initiative intéressante, à suivre (encourager ? promouvoir ?):
     

    Des agriculteurs cherchent à améliorer la biodiversité sur leur exploitation


    Qu'ils soient membres des réseaux de l'agriculture biologique (FNAB), de l'agriculture durable (CIVAM) ou raisonnée (FARRE), plusieurs agriculteurs travaillent avec la LPO afin de préserver ou améliorer la biodiversité sur leur exploitation.

    La diversité du monde vivant ou biodiversité permet aux Hommes depuis des millénaires, de répondre à leurs besoins en alimentation, chauffage (haies, forêts…), vêtements (lin, coton, laine, soie…), soins (plantes médicinales)…. Outre cette valeur d'usage, la biodiversité présente également une valeur sociale et culturelle à travers les activités de loisirs (tourisme) ou par le plaisir qu'éprouvent les millions d'observateurs de la nature (ornithologues, entomologistes amateurs). Cependant, depuis plusieurs années, les spécialistes internationaux s'alarment face à l'érosion massive de nombreuses espèces animales et végétales. Dans son quatrième rapport « GEO-4 », le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) rappelle que les espèces meurent cent fois plus vite que ce que montrent les études fossiles et 12% des oiseaux, 23% des mammifères et plus de 30% des amphibiens sont menacés d'extinction.

    S'il est difficile de déterminer les causes exactes de ce déclin, l'intensification et l'organisation de l'agriculture sont souvent citées comme un facteur important de la transformation des communautés d'êtres vivants et des milieux, favorisant des écosystèmes et des espèces plus productives au détriment d'autres espèces. Les programmes de préservation de la biodiversité sont donc très souvent axés sur le monde agricole. C'est le cas par exemple du programme Agriculture et Biodiversité mené par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique (FNAB), les Centres d'initiatives pour Valoriser l'Agriculture et le Milieu rural (CIVAM) et le Forum de l'Agriculture Raisonnée Respectueuse de l'Environnement (FARRE). Ce programme expérimental, initié en 2004 par la LPO s'inscrit dans la stratégie nationale qui vise à stopper la perte de la biodiversité en France d'ici 2010. Ce chantier consiste à établir des liens entre les réseaux d'agriculteurs d'horizons et d'approches différents, à mettre au point les bonnes pratiques et surtout à les diffuser à une très large échelle.

    Environ 130 exploitants appartenant à des réseaux d'agriculteurs volontaires de l'agriculture biologique (FNAB), de l'agriculture durable (CIVAM/RAD) et de l'agriculture raisonnée (FARRE), se sont impliqués dans cette démarche au sein de 18 départements. Au cours de l'année 2005, tous ont été sensibilisés puis regroupés en réseau départemental. Un état initial de la biodiversité a ensuite été réalisé sur chaque exploitation. Puis l'agriculteur, accompagné de l'animateur de son réseau et de celui de la LPO a élaboré un plan d'action pour améliorer la biodiversité de son exploitation. Fin 2007, environ la moitié des agriculteurs avaient validé et pour certain mis en oeuvre leur plan de gestion.
    En Aveyron par exemple, les 12 agriculteurs engagés ont tous validé leur plan et ont débuté sa mise en œuvre. Les actions engagées peuvent être l'entretien ou le rétablissement des haies. Outre ses fonctions agronomiques et culturelles, la haie a de nombreux rôles écologiques. Elle sert de zone de refuge et d'abri pour la faune, ses fleurs profitent aux insectes pollinisateurs et ses fruits aux oiseaux et aux mammifères. Elle constitue également un couloir de circulation de la faune et un habitat propice pour la nidification grâce à ses arbustes épineux qui découragent les prédateurs. Les agriculteurs prévoient donc d'entretenir, de restaurer ou de replanter des haies en respectant les dates et techniques de taille qui doivent être compatibles avec les périodes de reproduction de la faune sauvage.
    Certaines exploitations présentent également des tourbières qui abritent une faune très spécialisée. Les agriculteurs sont invités à ne pas les drainer pour bénéficier de points d'eau qui peuvent être utile à leurs troupeaux en période de sècheresse. Dans le cas des exploitations céréalières, les agriculteurs peuvent modifier leur mode de fauche pour permettre aux oiseaux qui nichent au raz du sol, de pouvoir fuir à l'approche des machines : fauche plus tardive, fauche plus lente et centrifuge à partir du centre de la parcelle, installation de grillage autour des nids, etc. D'autres mesures peu coûteuses sont conseillées : laisser les arbres morts ou leurs souches qui peuvent fournir des gîtes ou de l'alimentation, installer des « issues de secours » (planches) dans les cuves à eau et abreuvoirs pour les oiseaux ou micromammifères qui viennent y boire ou encore installer un piquet au milieu des champs pour que les rapaces puissent s'y poser pendant leur chasse… Une gestion adaptée des jachères peut elle aussi avoir des effets bénéfiques : couvert végétal peu dense pour une meilleure circulation des animaux, mise en place d'un an minimum, privilégier la fauche plutôt que le broyage, etc.

    Toutes ses actions vont être mises en œuvre au cours de l'année 2008 et l'année 2009 sera consacrée à l'évaluation et à la restitution. Le suivi du « niveau de biodiversité » des parcelles est notamment basé sur un outil statistique spécifique : le Suivi Temporal des Oiseaux Communs ou STOC, développé depuis bientôt 20 ans par le Muséum National d'Histoire Naturel (MNHN). À travers un comptage répété et effectué selon un quadrillage précis, cet outil rend compte des variations spatiales et temporelles de l'indice d'abondance des populations nicheuses d'oiseaux communs. Il permettra d'évaluer l'impact des actions mises en œuvre sur la biodiversité des parcelles engagées.

    F.ROUSSEL


     
     
    Cordialement,
     
    Corinne ZANNIER
     




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    1/10/2008

    OGM : retrait du projet de loi obtenu !

    Agriculture - Article publié le : 09/01/2008  

    L'examen du projet de loi sur les OGM est reporté


    Le Gouvernement vient de retirer de l'ordre du jour le projet de loi sur les OGM qui devait être examiné ce matin au Sénat et en séance publique à partir du 15 janvier. Une décision dénoncée par les partisans des OGM et qui enchante les opposants !


    Le Gouvernement vient d'annoncer au Sénat que le projet de loi sur les OGM, qui devait être examiné ce matin par la commission des affaires économiques et, à partir du 15 janvier, en séance publique, était retiré de l'ordre du jour.
    Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables, a en effet annoncé le retrait du texte qui devait être adopté d'ici au 8 février durant son audition par la commission sénatoriale.

    Officiellement cette décision va dans le sens du discours du Président de la République, puisque lors de sa conférence de presse à l'Elysée, Nicolas Sarkozy avait souligné qu'il ne souhaitait pas que ce texte de loi sur les OGM soit discuté dans l'urgence. La Secrétaire d'État à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a expliqué à l'AFP qu'il était souhaitable de prendre un peu plus de temps : on a essayé de faire tout cela dans des délais très, très courts alors même que ce sont des sujets extrêmement complexes. Cela ne semblait pas absurde d'avoir un peu plus de temps.
    Dès lors, ce texte ne se fera pas dans l'urgence et, je vous l'annonce, il est inscrit au Sénat pour le 5 février en début d'après-midi, a déclaré à l'AFP, le porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez à l'issue du Conseil des ministres.

    Dans tous les cas, le sénateur de la Manche Jean Bizet (UMP), rapporteur du texte, a dénoncé dans un communiqué ce retrait qui constitue un revirement brutal et injustifié par rapport à l'engagement pris par le Gouvernement, à l'issue du Grenelle de l'environnement, de faire adopter un texte sur les OGM avant le 9 février 2008, date de l'interruption des travaux parlementaires. Le sénateur affirme que le retrait du projet résulte des pressions exercées par José Bové, en grève de la faim contre les OGM, et relève que la démagogie l'emporte sur la démocratie.
    Toujours selon le sénateur qui, avec de tels propos se révèle plutôt très favorable aux OGM, le manque de courage politique constant depuis dix ans ferme l'agriculture française à l'innovation et tue dans l'œuf l'économie de la connaissance. Il rappelle enfin que la non-transposition depuis sept ans, de la directive européenne sur les OGM risque de coûter plusieurs dizaines de millions d'euros d'amende.
    Rappelons que la France a en effet pris du retard dans la transcription de la législation européenne sur les OGM, qui aurait dû être transposée depuis 2002 et qu'un précédent texte en la matière avait déjà été retiré l'an dernier après un examen par le Sénat.

    Alors que la FNE a salué une excellente nouvelle, Agir pour l'environnement a estimé que ce retrait est la preuve qu'il n'est pas possible de réglementer la coexistence entre cultures OGM et non OGM et réclame à cet égard l'adoption immédiate d'un moratoire. Pour Guy Kastler des Amis de la Terre, élaboré dans l'urgence et sans concertation, le projet de loi […] organisait la coexistence des filières.

    À l'inverse, la FNSEA a déploré la décision du gouvernement. La FNSEA souhaite que le débat sur les OGM se fasse au Parlement avant le 9 février, il en va de la crédibilité de la parole politique et, plus important, de l'avenir du pays dans la compétition mondiale, a précisé une déclaration de Jean-Michel Lemetayer, le patron de ce syndicat agricole.
    Quant à Philippe Gracien, le directeur général du Groupement national interprofessionnel des semences et plants (GNIS), il a pour sa part évoqué à l'AFP une mauvaise surprise. Pour le GNIS, qui réunit l'ensemble des semenciers présents en France, cette décision est une rupture des engagements pris lors du Grenelle de l'environnement.

    Enfin par la voix de son porte-parole Eric Delhaye, CAP21, parti écologiste présidé par l'ancienne ministre Corinne Lapage, s'est réjoui du retrait du projet de loi OGM. La décision que vient de prendre le gouvernement est une décision sage face aux coups de butoir des lobbies agro-semenciers et agricoles et qui s'inscrit dans les engagements du Grenelle de l'Environnement, a déclaré Eric Delhaye dans un communiqué.
    Par ailleurs, CAP 21 espère que le report va être mis à profit pour améliorer sensiblement le projet de loi dans le sens d'une transparence sur les études sanitaires et environnementales, d'une expertise réellement contradictoire, d'un régime de responsabilité clair et du droit à produire et consommer sans OGM.

    Cette décision laisse de plus augurer d'une activation de la clause de sauvegarde sur la culture du maïs MON810 auprès de la Commission Européenne qui permettrait à la France de suspendre la culture du seul OGM cultivé en France. Cette clause permet à un pays européen d'interdire un organisme génétiquement modifié autorisé au plan communautaire, à condition de justifier cette mesure avec un dossier scientifique. Lors de sa conférence de presse à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a garanti de suspendre la culture des OGM en cas de doute sérieux émis par la Haute autorité provisoire qui doit rendre son avis aujourd'hui. Si cette instance soulève des doutes sérieux sur les OGM actuellement cultivés en France, je suis disposé à recourir à la clause de sauvegarde jusqu'à ce que la Commission européenne tranche le problème, a-t-il promis. Or pour Arnaud Gossement, le porte-parole de France nature environnement, qui est représenté au comité de préfiguration de la Haute autorité sur les OGM, les débats au sein du Comité de préfiguration ont démontré l'existence de cette incertitude. Si elle fait preuve de responsabilité, la Haute autorité ne peut que délivrer un avis montrant l'ampleur des doutes sur le MON810, estime en outre Arnaud Apoteker, de Greenpeace. 


     
     
    Cordialement,
     
    Corinne ZANNIER
     



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    1/9/2008

    Contre la rétention de sureté

    Alors même que la plupart des media sont focalisés sur la date du prochain mariage du président de la république, sur des histoires de bague, d'opération de la gorge, dont nous n'avons rien à faire ...
     
    un projet de loi pouvant avoir des répercussions très graves pour notre société et ses valeurs, et sur l'exercice de la Justice, est en cours de discussion au Parlement ; je veux parler de la mise en place de la rétention dite de sureté.
     
    Je vous joins ci-après les brèves parues ce jour dans le Nouvel Obs et reprenant les déclarations d'Elisabeth Guigou et Robert Badinter sur ce sujet sensible.
     
    En fin de message, vous trouverez également le lien vers l'adresse internet permettant de signer la pétition contre ce texte (GENEPI).
     
    Je vous enjoins vivement à prendre quelques instants pour prendre connaissance de cette information, à la diffuser le plus largement possible, à signer la pétition liée.
    Je vous en remercie par avance.
     
     
    Cordialement,
     
    Corinne ZANNIER
    SF Parité - Droit des Femmes,
    Fédération PS 93Cordialement,
     
    Corinne ZANNIER
     

    Rétention de sûreté : Guigou évoque "l'Allemagne nazie", Copé s'insurge

    NOUVELOBS.COM | 09.01.2008 |
     
    "C'est cette philosophie positiviste qui a conduit aux pires débordements de l'Allemagne nazie", a lancé l'ex-garde des Sceaux à la tribune de l'Assemblée. Le patron des députés UMP exige qu'elle retire ses propos. L'examen du projet de loi se poursuit ce mercredi.
    Elisabeth Guigou (Sipa)
    Elisabeth Guigou (Sipa)
    Lors de son intervention sur le projet de loi Dati sur la rétention de sûreté, l'ex-garde des Sceaux, Elisabeth Guigou a évoqué, mardi 8 janvier à l'Assemblée nationale, "les pires débordements de l'Allemagne nazie". Jean-François Copé, le patron des députés UMP, a dénoncé des "propos indignes".
    A la tribune de l'Assemblée, Elisabeth Guigou a lancé : "Vous, madame la ministre (Rachida Dati), vous, monsieur le rapporteur (Georges Fenech), anciens magistrats, vous tournez le dos à Beccaria nourri de la philosophie des Lumières, vous choisissez Lombroso et son 'homme criminel'. Or, vous le savez, c'est cette philosophie positiviste qui a conduit aux pires débordements de l'Allemagne nazie".

    Un texte qui "tourne le dos aux acquis de la révolution"

    Dans un communiqué transmis à l'AFP; Jean-François Copé a "immédiatement condamné ces propos indignes qui ont profondément choqué les élus de la majorité".
    "Alors que le Parti socialiste ne cesse de donner des leçons de morale en toutes circonstances, le groupe UMP appelle solennellement le Parti socialiste à condamner ces propos et à exiger de Mme Guigou qu'elle les retire", a-t-il ajouté.
    Contactée par l'AFP, la députée de Seine-Saint-Denis a confirmé avoir tenu les propos incriminés tout en déplorant que les députés UMP "les dénaturent parce qu'ils ne se sentent pas à l'aise" avec le projet de loi.
    "Je ne dis pas que ce texte veut ces dérives, je dis qu'il peut les entraîner. Le gouvernement et la majorité ne mesurent pas la gravité de ce changement de philosophie dans la justice. Ils tournent le dos aux acquis de la Révolution qui veulent qu'on condamne les gens pour ce qu'ils ont fait, pas pour ce qu'ils sont, ni pour ce qu'ils sont susceptibles de faire", a-t-elle ajouté.

    L'examen se poursuit

    Cesare Lombroso (1835-1909) était un professeur de médecine légale italien, connu pour ses thèses sur le morphotype des criminels. Travaux sur des milliers de crânes à l'appui, il avait notamment énoncé la théorie du criminel-né dans son ouvrage "L'Homme criminel" (1876).
    Les députés ont débuté mardi l'examen du projet de loi Dati destiné notamment à créer des centres de rétention, dans lesquels des criminels dangereux pourront indéfiniment être enfermés, à leur sortie de prison.
    Prévus au départ pour les criminels pédophiles ayant purgé une peine de 15 ans et plus, ces centres devraient recevoir, après modification du projet initial, les auteurs de crimes multiples sur mineurs ou majeurs, y compris ceux déjà condamnés avant la promulgation de la loi.
    Les discussions sur le texte doivent se poursuivre mercredi à partir de 21h30. (avec AFP)
     
     
     
    Badinter dénonce le projet de loi sur la rétention de sûreté des pédophiles
    NOUVELOBS.COM | 09.01.2008 |
     
    L'ancien garde des Sceaux socialiste a qualifié le texte, qui doit être débattu mardi à l'Assemblée nationale, de "dérive dangereuse".
    Robert Badinter (Sipa)
    Robert Badinter (Sipa)
    Robert Badinter, ancien garde des Sceaux socialiste, a ouvertement critiqué, lundi 7 janvier, le projet de loi prévoyant "une rétention de sûreté" pour les pédophiles jugés toujours dangereux après avoir purgé leur peine.
    "Il s'agit d'un changement radical de notre droit et d'une dérive que je ne peux que critiquer, dénoncer", a lancé Robert Badinter interrogé sur RTL. Le texte du projet de loi doit être débattu mardi à l'Assemblée nationale.

    "Pas de prison sans infraction"


    "Tout notre système judiciaire repose aujourd'hui sur un principe simple: il n'y a pas de prison sans infraction. Or, là c'est tout à fait autre chose, c'est après la peine que l'on maintient quelqu'un en prison, non pas au titre d'une infraction qu'on lui reproche, non pas au titre d'une infraction pour laquelle il a été condamné mais au titre d'une infraction virtuelle, d'un crime qu'il pourrait éventuellement commettre s'il était libre", a dénoncé le sénateur des Hauts-de-Seine.
    "C'est une dérive dangereuse, nous oublions trop que la justice repose sur un certain nombre de principes et que le premier de ces principes, dans tout pays de libertés, c'est la présomption d'innocence
    ", a-t-il poursuivi.

    "Vous savez, il va peut-être récidiver un jour"


    Soulignant que "le taux de récidive des violeurs est de 1 %", Robert Badinter a relevé que "de nombreuses mesures" existaient pour prévenir la récidive comme "le suivi socio-judiciaire avec injonction de soins, la surveillance judiciaire, l'inscription au casier avec obligation de se présenter à la police pour les criminels dangereux".
    "Garder quelqu'un en prison parce que des psychiatres auront dit 'vous savez, il va peut-être récidiver un jour' c'est une dérive vers une société, une justice que je n'accepte pas", a insisté l'ancien ministre de la Justice.

    Pétition

    Dans un communiqué commun diffusé lundi, le Syndicat de la magistrature (SM), le Genepi et le SNEPAP-FSU, ont dénoncé un projet de loi "attentatoire aux libertés et contraire aux principes fondamentaux de notre droit pénal. Ils ont lance un
    appel à signature contre le texte. Cette pétition a d'ores et déjà été signée par la Ligue des droits de l'Homme (LDH), le parti communiste (PCF), la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et les Verts.

    Les centres fermés opérationnels dès la promulgation


    Si les centres fermés pour pédophiles dangereux en fin de peine n'entreront véritablement en fonction qu'en 2023, le projet de loi n'étant pas rétroactif, le premier des centres fermés à Fresnes pourra héberger dès fin 2008 ceux qui ne respecteront pas une mesure de surveillance électronique.
    "Le premier centre ouvrira à Fresnes, en septembre 2008, (avec) 40 places", avait annoncé fin décembre la ministre de la Justice Rachida Dati.
    Cependant, a précisé lundi la Chancellerie, les centres fermés --baptisés "centres socio-médico-judiciaires"-- pourront accueillir avant cette date [ndlr, 2023] des ex-détenus "qui ne respecteraient pas les obligations liées" au placement sous surveillance électronique mobile (PSEM ou bracelet électronique).
     
     

    © Le Nouvel Observateur
     

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    1/2/2008

    Mort d'un symbole : entre ombre et lumière, Benazir Bhutto, l'Incomparable du "pays des Purs"

    benazir Bhutto meeting 271207 2benazir Butto meeting 271207 

    "Je retournerai au Pakistan cet automne, consciente que des jours difficiles s'annoncent. Mais je fais confiance au peuple et place mon destin entre les mains de Dieu. Je n'ai pas peur."
    Benazir Bhutto, Le Monde du 4 septembre 2007

              "Je n'ai pas vécu jusqu'à mon âge pour me laisser intimider par des kamikazes."
    Benazir Bhutto, Tribune du Figaro le 24 septembre 2007

     

    De la petite fille prometteuse et adulée, née en 1953 à Karachi au sein d'une famille riche et influente ; en passant par l'icône glamour qui est élue en 1988 Premier Ministre de la République Islamique du Pakistan ; jusqu'à la candidate charismatique, première opposante au président Musharraf, … et finalement assassinée le 27 décembre 2007, à peine plus de deux mois après son retour au pays, quel parcours !
    Le tout entrecoupé d’épreuves, de scandales financiers, de périodes d’assignation à résidence et d’exils …
    Benazir Bhutto venait de terminer d’écrire un nouveau livre « Fille de l’Orient » (dans sa version française) à paraître normalement en Janvier 2008 chez Héloise d’Ormesson … A moins qu’il ne s’agisse juste que de l’actualisation de son autobiographie qu’elle avait écrite en 1988 au moment où son destin politique a vraiment démarré …
    J’ai la chance de posséder cette autobiographie, sortie chez Stock en 1989 sous le titre français « Une autobiographie » et dans sa version originale « Daughter of the East », livre désormais épuisé …

    Quel destin tragique pour cette femme qui portait sur ses épaules l'espoir de tout un peuple, qui se savait en danger mais n’a pas voulu reculer, ni renoncer ! Beau portrait de femme en vérité !

    Quelle destinée singulière et contrariée pour cette pionnière dans un pays éminemment masculin, pour cette femme ambitieuse, courageuse et  tenace ; Femme à la fois forte et inflexible, autoritaire, a-t-on pu lire, mais dont l'Histoire retiendra néanmoins quelques faiblesses, quelques zones d'ombre, liées à un entourage un peu trouble, qu’elle n’aura pas su ou pas voulu écarter ...
    Car il n'est pas question de rédiger une hagiographie de Benazir Bhutto, à l'unisson des nombreux articles de presse parus depuis l'annonce de son assassinat ; comme s'il suffisait de mourir pour effacer les erreurs commises de son vivant ...
    Non, Benazir Bhutto n'est pas une Sainte, mais elle n'en demeure pas moins un personnage historique, une personnalité politique de stature internationale, passée à la postérité par sa détermination et par son engagement sans faille pour son peuple et sa patrie, par son appartenance à une dynastie que tout destinait à une vie facile mais qui de par ses choix sera marquée par le sceau de morts précoces et violentes …
    Alors comparer le destin de Benazir Bhutto à celui du commandant Massoud, d’Indira Ghandi, d’Yitzhak Rabin, cela ne me semble pas indécent, et participe à lui rendre l’hommage qui lui est dû.

    Aînée de quatre enfants, Benazir Bhutto, dont le prénom signifie « l’Incomparable », et qui sera surnommée Pinkie dans sa famille à cause de sa peau claire, est née le 21 juin 1953 à Karachi, dans une famille de riches propriétaires terriens de la province du Sind, déjà liés à la politique depuis plusieurs générations.
    Son père, Zulfikar Ali Bhutto, qui a étudié aux Etats-Unis (Berkeley) et en Angleterre (Oxford), est avocat, puis deviendra député, ministre, président de la République, chef du gouvernement, avant d’être renversé par le général Zia, qui le fera pendre le 4 avril 1979.
    Benazir adorait ce père qui la poussera à faire des études (à Oxford notamment), -dans un pays où la tradition tend à enfermer ses femmes-, et qui lui permettra de rencontrer, alors qu’elle n’est qu’une enfant, les grands de ce monde qu’il côtoie de par ses fonctions gouvernementales.
    C’est aussi son père qui fonde en 1967 le PPP, Parti du peuple pakistanais, dont elle deviendra présidente à vie.
    Benazir étudiera aux Etats-Unis, y découvrira le mode de vie occidental. A cette époque, elle ne pense pas à faire une carrière politique, une carrière de journaliste ou de diplomate la tenterait plus.

    Début 1977, elle rentre au Pakistan à la demande de son père. La situation politique au Pakistan se durcit déjà …
    Le 5 juillet 1977 un coup d’état militaire organisé par le général Zia renverse le gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto ; il est arrêté, toute la famille Bhutto est assignée à résidence. Puis Zulfikar Ali Bhutto est relâché, les réunions politiques reprennent malgré la loi martiale décrétée par Zia, mais le piège se resserre ; il sera à nouveau arrêté, accusé d’un complot criminel, emprisonné. Le 4 Avril 1979 Zulfikar Ali Bhutto sera pendu.

    Après des mois d’assignation à résidence, Benazir est emprisonnée en 1981. Fin décembre 1981 elle est libérée et à nouveau assignée à résidence. Les emprisonnements, la torture se généralisent pendant ce temps dans tout le pays.
    En janvier 1984, Benazir, dont l’état de santé s’est fortement dégradé, va partir en exil à Londres, officiellement pour se faire soigner.

    Ces années de détention, son courage durant cette période, vont lui conférer auprès de beaucoup de Pakistanais un prestige gigantesque. Durant son exil, Benazir va réorganiser le PPP, préparer son retour …
    En 1985 son frère Shah Nawaz décède dans des conditions troubles : meurtre par empoisonnement ? Suicide ? Assassinat politique ou crime familial (sa femme ?) ? Il sera enterré au Pakistan. A l’issue des cérémonies d’enterrement pour lesquelles elle est revenue au pays, Benazir est  à nouveau arrêtée et assignée à résidence. Fin 1985 elle est libérée et quitte à nouveau le Pakistan.

    En janvier 1986, Benazir fait part à son entourage de son souhait de rentrer au Pakistan pour y organiser de grandes manifestations et obliger Zia à organiser des élections, elle pense le moment venu. Malgré des menaces, le 10 Avril 1986, c’est le retour au pays. Triomphal. Faisant fi des nouvelles intimidations et menaces contre sa personne, des arrestations parmi ses militants, elle organise des meetings dans tout le pays.
    Le 17 août 1988 Zia meurt dans un accident d’avion. Des élections sont organisées.
    Bien qu’enceinte, Benazir poursuit ses activités politiques ; son fils Bilawal naîtra en septembre 1988. - Bilawal, aujourd’hui, a 19 ans et la lourde charge d’assumer l’héritage politique de sa mère, suite au renoncement de son père à son profit. –

    En novembre 1988, le PPP remporte les élections législatives ; A 35 ans, Benazir Bhutto, se trouve à la tête du gouvernement pakistanais. Elle sera la première femme à diriger un état musulman. Elle séduit alors le monde entier tant par sa ténacité et sa force de caractère que par son charme.

    Mais en août 1990, Benazir Bhutto est démise de ses fonctions, pour des questions de corruption, liées notamment à des malversations de son mari.

    Aussi étonnant que cela puisse paraître, Benazir, femme moderne, femme de tête, émancipée, éduquée en occident, va accepter un mariage traditionnel arrangé par sa famille en juillet 1987, avec Azif Zardari, issu lui aussi d’une famille de riches propriétaires terriens.
    Elle explique dans son autobiographie avoir accepté ce mariage par respect des traditions, parce qu’une femme musulmane ne peut pas rester célibataire, parce que son rythme de vie ne lui aurait de toute façon pas laissé le temps de rencontrer un futur conjoint, de tisser des liens d’amour … Mais aussi elle considère impossible pour elle toute idée de séparation ou de divorce tant pour des raisons liées à ses origines familiales qu’à des traditions culturelles au Pakistan qu’elle ne souhaite pas bousculer pour ne pas choquer les mentalités de ses concitoyens.
    Sept jours après avoir fait la connaissance d’Azif, elle est fiancée ; elle ne l’aime pas vraiment, mais pense que l’amour ne pourra que grandir de ce fait …
    Play-boy dépensier, vite surnommé Monsieur 10% à cause des pots de vin qu’il perçoit, Asif Zardari est très probablement l’élément clef  dans les accusations de corruption qui vont désormais s’attacher aux gouvernements successifs de Benazir Bhutto. C’est en tout cas la version défendue par un certain nombre d’analystes ; d’autant que la famille Bhutto est une famille de riches propriétaires terriens à l’abri du besoin.
    C’est une des énigmes de la vie de cette femme exceptionnelle : comment l’indomptable, la redoutable Benazir a pu tolérer dans son entourage proche, sans jamais chercher à l’écarter, ce mari corrompu et ses conseillers véreux ? Par amour ? Par fidélité à des préceptes culturels d’un autre temps qui exigent obéissance et soumission de la femme à son mari ?

    … Donc en août 1990, elle est limogée de ses fonctions de premier ministre et remplacée par Nawaz Sharif, conservateur.

    Octobre 1993 : chute du gouvernement Sharif pour des questions de corruption toujours … Benazir Bhutto revient aux affaires mais commet les mêmes erreurs que dans son précédent gouvernement : entourage peu fiable et corrompu, ministère confié à son mari, comportement autocratique … Mais cette fois une partie de sa famille ne supporte plus cette corruption et les méthodes autoritaires de Benazir et s’éloigne d’elle.
    En septembre 1996, son frère cadet Mir Murtaza est assassiné par balles ; décidemment le sort s’acharne sur la famille Bhutto, la mort rode toujours ...

    Octobre 1996 : Benazir Bhutto est à nouveau démise de ses fonctions pour cause de corruption ; suivront en 1997 des élections perdues, et à nouveau l’exil pour éviter la prison.
    Asif Zardari est mis en prison durant près de six ans. Selon le Wall Street Journal, le couple aurait accumulé entre 100 millions et 1,5 milliards de dollars en commissions et détournements divers. Benazir démentira sans relâche, évoquant la « manipulation politique ».

    Pour son retour au Pakistan en octobre 2007 Benazir Bhutto a obtenu le retrait de toutes les accusations de corruption lancées contre elle et son mari ; elle promet qu’elle a changé, elle est attendue avec ferveur par le peuple pakistanais las de la misère ambiante et du manque de libertés. Elle se sait menacée plus que jamais, mais sa détermination ne flanche pas.

    Dès son arrivée le 18 octobre 2007 à Karachi, elle échappe de peu à un premier attentat ; 139 personnes seront tuées par les bombes des kamikazes.

    Benazir Bhutto est revenue, avec le soutien du gouvernement américain, pour tenter de composer avec le général Musharraf un partage du pouvoir après les élections du 8 janvier 2008 ; Pour Musharraf comme pour les Etats-Unis, elle apparaît comme le seul rempart contre la radicalisation du fondamentalisme musulman au Pakistan, pays stratégique en terme de géopolitique, qui compte 160 millions d’habitants et qui dispose de l’arme nucléaire. Elle semble le seul moyen d’endiguer l’usure du régime Musharraf, pour lui permettre de durer encore un peu et éviter que le pays ne tombe dans le chaos, dans une situation comparable à celle de l’Afghanistan.
    La situation est politiquement inconfortable pour Benazir, elle ne disposera pas des coudées franches, mais elle n’a pas d’autre choix si elle veut rentrer au pays, essayer d’y jouer un rôle ; elle accepte donc.
    Mais coup de théâtre : le 3 novembre 2007 elle rompt avec cette idée d’association gouvernementale quand Musharraf décrète l’état d’urgence. Benazir devient donc la première opposante politique au régime en place.
    Normalement, parmi les engagements pris par Musharraf conditionnant son retour, Benazir devait bénéficier d’importantes mesures de sécurité. Elle n’aura de cesse depuis début novembre de se plaindre de leur quasi absence. En vain.

    27 décembre 2007, à l’issue d’un meeting à Rawalpindi elle regagne son véhicule, puis se hisse par le toit ouvrant pour saluer la foule de ses partisans ; c’est à ce moment que le tueur kamikaze choisit d’agir : il s’approche de la voiture, la vise à la tête et tire avec son arme à feu, puis fait exploser sa ceinture d’explosifs.
    Benazir est blessée à la tête et au cou. Elle sera transporté à l’hôpital mais meurt peu de temps après ; l’attentat aura fait au total environ 20 morts et 56 blessés.
    A l’annonce de la mort de Benazir Bhutto des troubles ont éclaté dans tout le pays. Un deuil national de trois jours a été décrété par le président Musharraf.

     

    « Elle était un symbole d’unité » a déclaré Farzana Raja, un responsable du PPP peu de temps après l’attentat.
     « [Elle est] morte en martyre. » - Rehman Malik, membre du PPP.
    En 2007, les attentats suicides au Pakistan auront fait près de 800 morts.

    Benazir Bhutto a été inhumée vendredi 28 décembre 2007 dans le Sind, sud du Pakistan, dans le mausolée familial de Garhi Khuda Bakhsh, aux cotés de son père.
    Des centaines de milliers d’anonymes se sont déplacés pour lui rendre un dernier hommage.

    A qui profite ce crime ?
    En premier lieu à Musharraf et à ses soutiens, qui ne voulaient pas la voir leur confisquer le pouvoir ;
    Aux islamistes, contre lesquels Benazir Bhutto s’est toujours engagée.
    A tous les ennemis des Américains, car elle avait promis de laisser les troupes américaines faire la chasse à Al-Qaida au Pakistan.
    Aux militaires et aux services secrets, qui contrôlent actuellement le pays ; car son élection aurait signifié la fin de leur pouvoir.

     

    Extraits de ses dernières déclarations peu avant l’attentat fatal ;

    « L’extrémisme représente aujourd’hui une menace pour mon pays, pour la région et pour le monde. Ces extrémistes constituent la boite de Pétri du terrorisme international. Cela n’arien de fatal. La tendance doit être inversée, et il est possible d’y parvenir.
    … Je retournerai au Pakistan cet automne, consciente que des jours difficiles s’annoncent. Mais je fais confiance au peuple et place mon destin entre les mains de Dieu. Je n’ai pas peur.» - Benazir Bhutto, Le Monde, 4 septembre 2007.

    « Je peux être abattue sur le tarmac dès ma descente d’avion. … Les extrémistes useront de tous les moyens sanglants à leur disposition pour frapper et empêcher la cause de la démocratie. … Ils veulent faire dérailler la transition vers la démocratie.
    … Les extrémistes prospèrent sous la dictature. Ils savent que la modération et la démocratie signeront leur fin. Ils ne reculeront devant rien pour les détruire tous les deux. », Déclarait, lucide, Benazir Bhutto dans une tribune au Monde, publiée le 19 octobre 2007.

     

    Quelques réactions suite à l’annonce de la mort de Benazir Bhutto :

    Ségolène Royal, Pdte région Charente Poitou, candidate PS à l’élection présidentielle 2007 : « Nous pleurons tous une femme extraordinairement courageuse, assassinée en plein meeting … c’est le courage et la liberté qu’on a cherché à faire taire à tout jamais. C’est la détermination d’une femme exceptionnelle que l’on a muselée par le sang … »

    François Bayrou, pdt du Modem : « Après de nombreux attentats qui la prenaient pour cible, clui-là a hélas emporté une femme courageuse, engagée jusqu’au bout pour reconstruire un pays en décomposition … c’est un très mauvais signe pour la situation dans cette région du monde et probablement dans le monde tout entier »

    François Hollande, 1er secrétaire PS : « Le courage et la ténacité dont a fait preuve Mme Bhutto depuis son retour d’exil doivent rester un exemple pour tous les Pakistanais qui luttent ardemment pour la liberté et pour la démocratie ».

    Christophe Jaffrelot, CERI Science Po-CNRS : « Benazir Bhutto incarnait … une alternative civile, progressiste, au complexe militaro-islamiste qui dirige le Pakistan. »

    Bernard-Henri Levy, philosophe : « C’est une femme d’abord qu’ils ont tuée. … Une femme visible, et même ostensiblement, spectaculairement visible. Une femme qui mettait son point d’honneur, non seulement à tenir meeting dans l’un des pays les plus dangereux du monde, mais à le faire à visage découvert, dévoilé …
    … ils ont tué celle qui était l’incarnation même de l’espoir, de l’esprit et de la volonté de démocratie, non seulement au Pakistan, mais en terre d’islam en général. …
    Benazir Bhutto n’était chef ni de gouvernement ni d’Etat ? C’est vrai. Mais elle était davantage. Elle était un symbole. Et elle est, désormais, un étendard. »

    François-Xavier Pietri, « La Tribune » : « La première femme à avoir dirigé un pays musulman était surtout l’une des dirigeantes politiques les plus en vue de la planète, et qui se savait promise à une mort violente. »

    Bernard Revel, « L’indépendant du Midi » : « (...) En tuant Benazir Bhutto, c'est la démocratie que la barbarie tente d'abattre. Dans un Pakistan où un général parvenu au pouvoir par la force s'affiche comme l'allié des Etats-Unis tout en étant incapable d'empêcher dans ses provinces du nord-ouest les talibans et Al-Qaïda de faire régner leur loi, la seule lueur d'espoir venait du rayonnement d'une femme. C'était plus que n'en pouvaient supporter tous les suppôts de l'obscurantisme. Il est facile de tuer quand on a pour seule conscience le fanatisme et qu'on s'en sert sans risques en poussant de pauvres esprits au sacrifice. Benazir Bhutto se présentait à visage découvert. Elle savait que la mort était en embuscade. Elle est tombée comme tant d'autres défenseurs de la démocratie avant elle. Le monde n'en finit jamais avec les bourreaux. Depuis hier, pourtant, l'humanité, ce qui, en elle, nous empêche de désespérer, se reconnaît dans le visage de cette femme."