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    10/31/2008

    Interview Hamon La Dépèche du Midi

    Publié le 28/10/2008 09:48 - Modifié le 28/10/2008 à 12:06 | Recueilli par J.P. Bédéï

    Interview. Benoît Hamon : "Je suis la gauche socialiste décomplexée"

    Benoît Hamon (à gauche) en conversation avec Vincent Peillon. Photo AFP.
    Benoît Hamon (à gauche) en conversation avec Vincent Peillon. Photo AFP.
    Vous êtes le Besancenot du PS ?
    Je trouve curieux que chaque fois qu'on est de gauche au PS on soit affublé aussitôt d'une image issue de la gauche radicale. Moi j'incarne tout simplement la gauche socialiste décomplexée vis-à-vis de la droite. Je n'ai pas l'intention de retenir mes coups à l'égard de la droite car la droite ne retient aucun de ses coups à l'égard des Français. Ce que je propose en matière de restriction du libre-échange, c'est au mot près ce que propose Barack Obama aux États-Unis, et çà ne fait pas de lui un gauchiste. Aujourd'hui, au PS, on constate la plus grande transhumance de la droite vers la gauche du parti d'hommes et de femmes qui sont associés depuis quinze ans aux responsabilités, ont perdu trois élections présidentielles et législatives, et qui aujourd'hui reprennent à leur compte des analyses et des solutions qu'ils dénonçaient comme archaïques il y a encore quelques semaines. En revanche, avec notre motion, nous sommes au centre de gravité de la gauche française dans les propositions que nous faisons.
    Cela vous place en position de force dans le jeu des alliances pour le congrès ?
    Oui. Mais quand j'écoute Lionel Jospin, un petit air de déjà-vu et déjà entendu tinte à mon oreille. On est en train de nous préparer la reconstitution de la majorité telle qu'elle existe depuis une dizaine d'années. Des forces puissantes agissent pour que Bertrand Delanoë et Martine Aubry se réunissent. Si c'est çà le changement, je crois que les militants ne comprendront pas le film qu'on est en train de leur jouer.
    Alors avec qui pourriez-vous vous allier ?
    Personne ne sera majoritaire à lui seul. Mais la seule force neuve dans ce congrès, c'est la motion que je défends que ce soit en terme de renouvellement ou de ligne politique. Tous les autres leaders ont repris une partie de nos orientations. Nous sommes les seuls à être restés constants. J'appellerai les militants de la motion écologique et d'Utopia à constituer un pôle social, écologique et altermondialiste, afin de construire une nouvelle majorité. Mais les lignes des uns et des autres sont si fluctuantes qu'il m'est impossible de dire quel sera notre partenaire privilégié.
    Y-a-il un point dans les autres motions qui serait totalement inacceptable pour vous ?
    Toute position qui ne refuserait pas clairement l'alliance avec le MoDem est pour nous irrecevable.
     
     


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    10/18/2008

    Pour un nouveau réalisme de Gauche, par Benoit Hamon

    Pour un nouveau réalisme économique de gauche. Par Benoît Hamon


    Les propositions du candidat à la succession de François Hollande face à la crise, lors d'une conférence à l'Institut d'études politiques à Paris animée par Liêm Hoang-Ngoc.

    Tout à coup, tout irait mieux. Il aurait suffi d'un plan de sauvetage, d'un Président en état de grâce, d'une Europe rassemblée pour stopper la crise et ramener le soleil. Les bourses reprennent de la vigueur, les traders sortent de leur courte déprime, les banques ont réussi à obtenir l'assurance de pouvoir socialiser leurs pertes colossales…

    CE QUE DOIT PROPOSER LA GAUCHE, EN FRANCE, EN EUROPE ET DANS LE MONDE

    Depuis dimanche, nous serions donc sortis de ce que le nouveau Prix Nobel d'économie qualifie au diapason des économistes les plus sérieux, de début d'un « méchant cycle de récession ». Les bourses, les traders, les banques retrouvent le sourire…

    Derrière ce triomphe, il y a le sort de millions d'hommes et de femmes, nus devant la crise, impuissant à renégocier les échéances de leurs dettes, impuissants à endiguer la dégradation de leur pouvoir d'achat, de leurs conditions de travail , de leurs conditions de vie tout simplement, il y a des millions d'hommes et de femmes qui s'apprêtent à recevoir une lettre de licenciement pour cause de délocalisation ou de cessation pure et simple d'activité.

    Dans un élan de solidarité sans précédent, les nations du monde au prix d'un gigantesque effort financier, se sont portés au secours du système financier mondial sans que l'on sache aujourd'hui si l'appétit gargantuesque des marchés sera assouvi par l'engloutissement de milliards des dollars et d'euros. Les piliers du temple seraient à nouveau solides. Et les marchands pourraient y reprendre tranquillement leurs emplettes. Comme avant, sans remord, sans souvenir ni leçon du séisme de la veille.

    Nous savons pourtant que : • Politiquement, absolument rien n'a changé dans la gouvernance de l'économie mondiale, les acteurs financiers ont simplement trouvé un mécanisme de réassurance, lui-même branché sur les marchés financiers – il y a donc une logique de cercle vicieux - si ce n'est une belle arnaque.

    • Economiquement, des secteurs entiers peuvent être décimés dans les prochaines années, et des centaines de millions d'épargnants sont potentiellement concernés.

    • Socialement, les conséquences de la crise seront implacables pour l'emploi, le pouvoir d'achat, le marché du logement, l'accès au crédit, les systèmes de retraite par capitalisation… Où sont passés les défenseurs de droite et de gauche des fonds de pensions ?

    • Moralement enfin, plusieurs milliards de dollars ont été trouvés en quelques jours pour préserver le système financier, quand les Nations Unies consacrent 80 milliards de dollars seulement par an aux objectifs du Millénaire de lutte contre la pauvreté.

    Alors, pour répondre d'emblée à la question posée pour nos travaux : ce que doit proposer la gauche, en France, en Europe et dans le Monde, c'est un changement profond des règles du jeu, des réformes à la fois réalistes qui s'enracinent dans les causes objectives de la crise que nous subissons, et radicales car les enjeux sont énormes.

    LA CRISE ACTUELLE VALIDE NOTRE CRITIQUE FONDAMENTALE DU CAPITALISME

    Il faut se féliciter du fait que la crise actuelle ait permis une pédagogie sans précédent de l'analyse critique du capitalisme. Depuis longtemps, ceux qui critiquaient les dérives de l'économie libérale étaient taxés de gauchistes, de rétrogrades, au mieux de nostalgiques ou de rêveurs. Il n'y a pas d'honneur à avoir été des prophètes, pas même au sein du Parti socialiste… Lorsque l'on n'a pas su se faire entendre, c'est que l'on a en partie échoué. Mais ne laissons pas passer l'occasion de rappeler la permanence et la pertinence de notre critique du capitalisme :

    • La financiarisation du capitalisme est directement à la source la crise : l'argent créé ou échangé ne va plus principalement à l'économie réelle, donc à l'industrie, à l'emploi, à la création de ressources ou de biens de consommation, mais bien à la rémunération des détenteurs de capitaux. Même si la crise des « subprimes » provient du secteur du logement, ce n'est pas à un secteur économique en particulier que cela est dû, mais à la perversion d'un de ses principaux mécanismes de financement ; si le logement social existait aux Etats-Unis et s'il n'était pas remplacé par une course effrénée à la propriété financée par des crédits à risques, nous n'en serions sans doute pas là.

    • La déréglementation de l'économie de marché est la « seconde mamelle » de la crise : depuis plus de vingt ans, la pensée économique dominante est de « jouir sans entraves » ; l'arnaque principale est d'avoir réussi à faire croire que la déréglementation de l'économie, l'affaiblissement des mécanismes de contrôle et de solidarité, permettraient l'enrichissement du plus grand nombre et sans frais. La réalité de la crise nous montre l'inverse : si le niveau de vie a incontestablement augmenté sur la planète, la répartition des richesses est malheureusement de plus en plus inégalitaire, et les mécanismes de régulation échappent désormais pour l'essentiel à la responsabilité politique.

    • L'essor du « libre échange » au niveau mondial est venu parachever l'édifice : l'OMC vante la mécanique vertueuse du libre échange qui serait gagnante-gagnante. La course à la compétitivité entre les nations se déroule à coup de dumping social, dumping fiscal et dumping environnemental. Elle a pour principale conséquence de d'encourager la baisse des recettes publiques (comme démontrée en Europe par le cabinet KPMG sur la baisse tendancielle de l'IS dans le marché intérieur grâce à la concurrence fiscale) mais aussi de pousser la réduction du coût du travail et donc à la modération salariale.

    Dans le monde occidental, la pente est la même. En France, ce sont onze points de PIB qui ont été transférés de la rémunération du travail à celle du capital. Le rendement demandé au capital investi est devenu tel qu'il détourne la valeur ajoutée de l'investissement comme de la rémunération du travail. La principale conséquence sociale de ce phénomène est le développement d'une nouvelle forme de prolétariat constitué de travailleurs pauvres et de leur familles.

    LA CRISE ACTUELLE EST UNE CRISE DU SYSTÈME, UNE CRISE DU CAPITALISME

    Nous assistons bien à une crise du capitalisme. Quelles en sont les caractéristiques ?

    • C'est une crise de liquidités : prudentes, méfiantes ou fragilisées, les banques ne se prêtent plus d'argent, et le manque de liquidités pour honorer des créances provoque des réactions en chaîne.

    • C'est une crise spéculative : à cause des spéculations à la baisse contre les valeurs bancaires, les banques voient leurs fonds propres se dévaloriser.

    • C'est une crise financière d'un type nouveau : l'accumulation de créances douteuses liées à la prolifération de produits financiers dérivés, ajoute un aspect surréaliste puisque les pertes sont pour une grande part d'entre elles de nature virtuelle.

    • C'est une crise qui condamne les modèles de régulation de nature privée voire corporatiste : les normes comptables aujourd'hui appliquées, qui valorisent les entreprises en fonction du cours du marché, condamnent les entreprises cotées dès lors que les marchés s'effondrent, même si leur activité productive est saine ; de leur côté, les agences de notation qui sont pourtant sensées se porter garantes, se sont en fait avérées incompétentes, aveugles ou consanguines ; d'autres normes comptables et une agence publique européenne de notation sont devenues essentielles.

    C'est donc bien une crise du modèle capitaliste : il semble que nous ayons heureusement atteint les limites d'un système prédateur reposant sur la captation par le capital de la valeur ajoutée et sur une dérégulation à outrance, mais rien aujourd'hui ne permet de croire que l'issue de la crise débouchera sur une remise en cause profonde du système économique et financier.

    LE PLAN EUROPEEN EST NECESSAIRE MAIS IL N'A PAS D'AUTRE BUT QUE DE PRESERVER LE SYSTEME

    La conduite de SARKOZY face à la crise est à l'image de ses revirements successifs et de son agitation habituelle. Il critique les dérives des financiers américaines mais il n'avait de cesse, il y a à peine plus d'un an, de vanter les mérites du système américain de crédits hypothécaires. Il répond à l'urgence en prenant la tête d'une improbable unité européenne mais, et c'est le comble, Gordon BROWN l'avait précédé en proposant de faire jouer la garantie publique des Etats européens sur les prêts interbancaires et en fixant des contraintes sérieuses aux acteurs financiers. Surtout, il faut dénoncer les mensonges et les oublis du plan SARKOZY :

    • Tout d'abord, ce plan va coûter de l'argent au contribuable. Certes, ce n'est pas un plan financé à ce stade par les impôts, mais le choix du montage financier n'est pas inoffensif ni indolore : la recapitalisation des banques sera financée par l'emprunt, qui devra lui-même être supporté soit par les impôts, soit plus probablement par le déficit ; d'une manière ou d'une autre, ce plan aura donc un impact sur les contribuables voire sur les citoyens par ses conséquences en matière de services publics ou de dette publique. Plus que jamais, il faut dénoncer la politique fiscale du Gouvernement, désormais illustrée par le très injuste « paquet fiscal ».

    En 2007, 617 foyers fiscaux se sont vus rétrocéder par le Fisc un chèque moyen de 233000 euros. L'immoralité absolue d'une telle décision est rendue encore plus insupportable par la crise actuelle. L'unité nationale, chère à Mrs Fillon et Sarkozy commence par l'annulation pure et simple des mesures du paquet fiscal

    • Ensuite, ce plan ne protègera pas les Français de la récession qui va suivre. Au contraire, SARKOZY va poursuivre sa politique de démantèlement des services publics, qui seront pourtant essentiels pour permettre aux classes moyennes et populaires de supporter les conséquences de la crise ; nous saurons rappeler au Gouvernement qu'il sait comment trouver de l'argent lorsqu'il s'agit de préserver des acteurs financiers, mais qu'il y renonce facilement lorsqu'il s'agit de se soucier de la vie quotidienne de nos concitoyens. Il ne faut pas creuser bien profond pour débusquer l'imposture du discours de Sarkozy. C'est le même homme qui appelle au retour de l'Etat pour sauver les marchés qui dans le même souffle confirme la privatisation de la Poste et de la Banque Postale.

    • Enfin, le plan SARKOZY, c'est l'impunité et l'amnistie à l'égard de ceux qui ont fauté. Bien sûr, le locataire de l'Elysée nous a servi ses tirades contre les « voyous de la finance » mais en fin de compte, ce sont bien les « dettes de jeu » de ceux qui ont fauté qui seront effacées de l'ardoise, alors que les mêmes joueurs peu scrupuleux sont si intransigeants à l'égard de leurs clients au moindre découvert.

    Pour mémoire c'est le même Nicolas Sarkozy qui est intervenu pour que 'Etat vide un peu plus ses caisse s de quelques centaines de millions d'euros pour dédommager Bernard Tapie, le même Nicolas Sarkozy qui voulait dépénaliser l'abus de bien social. En matière de vertu et de moralité on aurait rêvé pédigrée plus blanc.

    Ce plan était donc sans doute nécessaire car il fallait des réponses techniques à la crise financière, mais il demeure insuffisant et mensonger. Ne laissons pas la droite en faire une victoire politique et un but en soi, car ce plan, surtout à l'échelle européenne, a pour seule vocation de permettre au système de renaitre. L'ambition de la gauche doit être d'aller plus loin, d'inventer autre chose, et elle doit le dire haut et fort.

    LES REPONSES A CETTE CRISE DOIVENT ETRE AU CŒUR DE NOTRE PROJET POLITIQUE ET DU CONGRES DE REIMS

    Je plaide pour un nouveau réalisme économique de gauche. Comment croire que ceux qui dans les 20 dernières années, sont associés intellectuellement et idéologiquement à la marchandisation croissante de la société, au recul de la puissance publique et à la mise en retrait des mécanismes collectifs de solidarité seraient à droite comme à gauche les plus crédibles pour proposer une sortie de crise. Sans parler de modernité, c'est la crédibilité économique et politique qui a objectivement changé de camp. Je voudrai donc développer les principes de ce nouveau réalisme économique de gauche.

    1. Cette politique devra tout d'abord reposer sur une autre ambition européenne, dont nous devons faire le cœur de notre prochaine campagne.

    L'unité européenne a été obtenue de façon poussive sur le plan de sauvetage. Il faut se souvenir des réactions invraisemblables de la Commission européenne appelant aux premiers jours de la crise au respect strict des critères du pacte de stabilité ou s'inquiétant de la comptabilité de la recapitalisation de Dexia avec le droit européen en matière d'aides d'Etat.

    Cette crise a aussi souligné quelques tares de la gouvernance économique de l'Europe qui faute de fédéralisme budgétaire, ne peut par exemple lancer un emprunt européen ni lever un impôt pour financer une caisse de recapitalisation européenne ; Alors faute de mieux, ceci a conduit les Etats-membres à suspendre discrètement l'application du pacte de stabilité pour se libérer des contraintes budgétaires, ce que nous sommes un certain nombre à demander au demeurant depuis longtemps pour pallier les insuffisances du budget communautaire.

    2. Il faudra également un meilleur contrôle des activités bancaires et de crédit : la lutte contre les paradis fiscaux doit venir au premier plan de notre action internationale ; leur existence facilite les transactions les plus occultes et les plus risquées, notamment grâce au secret bancaire et aux règles fiscales appliquées.

    J'identifie quelques décisions prioritaires : le renforcement de la directive Epargne, la création d'une nouvelle taxe financière vers les territoires qui refusent de mettre en œuvre une véritable coopération fiscale et judiciaire ou la mise en œuvre d'un traité international qui impose la levée du secret bancaire à la demande des autorités compétentes. Par ailleurs, les conditions du crédit doivent être plus nettement encadrées pour ne pas engendrer de risques inconsidérés, ou au contraire pour en garantir l'accès.

    3. Il faudra ensuite agir pour modifier la répartition des richesses : la crise financière n'est pas seulement due à la prolifération de produits dérivés toxiques. Elle trahit l'épuisement du modèle américain qui a creusé les inégalités. Alors que les hauts revenus augmentent régulièrement, les revenus des classes moyennes et modestes stagnent.

    La croissance de la période 2002-2006 ne pouvait être tirée que par leur endettement, alimenté par le crédit hypothécaire nourri par la machinerie financière aboutissant à titriser les créances toxiques achetées par les acteurs financiers du monde entier. Certes, le taux d'endettement des ménages français est encore relativement faible, mais la crise du pouvoir d'achat et la crise du logement conduisent déjà au surendettement de nombreuses familles.

    Il y a une urgence sociale et un impératif économique à mettre un terme à la modération salariale, d'autant que les profits n'alimentent plus l'investissement et sont en majorité consacrés à la rémunération d'actionnaires dont l'épargne a nourri les bulles spéculatives sur les marchés boursiers. C'est pourquoi la politique salariale doit conduire à l'indexation des salaires sur les gains de productivité et l'inflation.

    4. On ne pourra échapper à la fixation des restrictions européennes au libre-échange : le libre-échange n'est pas étranger à la pression exercée à la baisse sur les salaires. C'est pourquoi le débat sur les restrictions au libre-échange, porté par OBAMA aux Etats-Unis, est plus actuel que jamais si la gauche entend favoriser les conditions d'une harmonisation vers le haut des normes sociales dans le cadre d'une coopération internationale.

    On le verra dans les prochains mois, lorsque des acteurs importants de l'industrie mondiale, par exemple dans le secteur automobile, connaîtront des difficultés considérables à cause des distorsions de concurrence. La « préférence communautaire » doit être au cœur de la politique industrielle de l'Europe, pas dans un but de protectionnisme étroit, mais pour faire payer aux producteurs « moins disant » le coût de leur « dumping social ».

    5. Il nous faut une vision ambitieuse du développement de l'Etat-Stratège : le retour de l'intervention de l'Etat ne doit pas se cantonner à socialiser les pertes, en recapitalisant les acteurs financiers qui ont flambé en bourse l'argent des épargnants, pour privatiser ensuite le bien public. Les marchés financiers livrés à eux-mêmes se sont trompés.

    Il faut que la recapitalisation du système financier soit l'occasion de définir le périmètre d'un pôle public financier stable et solide. Celui-ci doit être mis au service de la politique industrielle, dans le cadre d'un développement durable. Le pacte de stabilité a d'ores et déjà été suspendu par l'Eurogroupe pour permettre aux Etats-membres d'emprunter. Il doit être enterré pour ne pas devenir l'alibi de la réduction du périmètre des services publics.

    6. Il faut enfin retrouver la voie de la justice fiscale : une réforme fiscale doit être engagée pour éviter que le financement du plan de sauvetage ne pèse sur les revenus moyens et modestes qui subissent de plein fouet la crise du pouvoir d'achat.

    Le bouclier fiscal doit être levé. Il faut créer un grand impôt universel et progressif sur le revenu en fusionnant l'IR et la CSG. Il faut aussi rendre progressif l'impôt sur les sociétés et le moduler selon l'usage qui est fait des bénéfices.

    Voilà, chers amis, des réponses qui me semblent être à la hauteur de la situation pour une gauche qui décomplexée, digne de son histoire et des attentes de nos concitoyens. La crise produit de drôles d'effets au Parti Socialiste. Les archaïques d'il y a quelques semaines sont devenus fréquentables. Il serait même recommandé de lire leur motion ou d'y puiser quelques arguments.

    Nous n'allons pas nous en plaindre. Nous ne prétendons avoir tout vu tout prédit et tout pensé avant tout le monde. Mais nous n'avons pas non plus l'impression d'être les plus en retard dans l'analyse de la crise et la formulation de réponses politiques.

    Rien ne serait pire pour le PS que son action se confonde avec celle de ceux qui veulent renflouer un système, sauver un monde qui s'éteint inexorablement. Il est l'heure de reprendre un monde d'avance.


    10/10/2008

    Un monde d'avance oui ! ... mais pour en faire quoi ?

    Parce que tout est lié : crise sociale et financière, politique, agricole et alimentaire, environnementale ... parce qu'il est grand temps de changer radicalement de modèle de société et de s'orienter vers une société moins tournée vers le profit à court terme, plus économe, plus frugale et respectueuse de l'être humain et de son environnement ;
     
    parce qu'il faut arrêter de continuer à regarder ailleurs quand la maison brûle, parce qu'avec le Grenelle de l'Environnement on a entrouvert la possibilité de changer, vraiment, de fonds en comble ... mais que visiblement une fois encore le rendez-vous sera raté et il n'en sera rien ... car ce n'est pas le moment ... vous comprenez, la crise financière, c'est beaucoup plus grave, plus préoccupant !
     
    Alors prenez quelques secondes et lisez le compte rendu de l'ARTAC ci-dessous ...
     
    ................. alors, on continue à ne rien faire et à pourrir cette terre mais aussi nos semblables pour de simples questions de gros sous et parce que c'est tellement plus simple de continuer comme si de rien n'était plutôt que d'engager des recherches vers des solutions alternatives moins polluantes, réfléchir à des modes de production et de consommation moins prédateurs, investir dans la prévention plutôt que dans un tout curatif qui a montré ses limites ?
    Le sort des générations futures, de nos enfants, mais aussi de nos amis et familles -car qui d'entre vous  a encore la chance de voir ses proches épargnés par le cancer ?- ça ne vous touche pas un peu, ça ne vous concerne vraiment pas ???
     
    Par conséquent, dans nos argumentaires, n'oublions jamais de parler de la problématique écologique et environnementale.
    De même qu'en économie, nous avons certainement parmi les nôtres toutes les compétences nécessaires pour relever ce défi ; pourquoi donc devrions nous sous-traiter cette thématique aux Verts alors qu'elle est complètement transversale et intéragit avec les secteurs du bâtiment, de la recherche et de l'éducation, de l'aménagement du territoire, de la santé, des transports, de la politique industrielle, de l'habitat, de l'énergie...
    Ou bien peut-être pouvons nous continuer à écarter cette question d'un revers de manche, comme nous le faisons depuis des années alors que nous accumulons les preuves des causes entropiques de la majorité de problèmes climatiques, de santé publique, de perte de biodiversité que nous constatons ...
     
    Si vous vous sentez concernés par tout cela, je vous conseille la lecture d'un excellent livre sorti il y a environ 2 ans : "effondrement" de Jared Diamond ... tout y est .... alors on choisit l'effondrement ou bien le sursaut salvateur ?

     
    Corinne ZANNIER
    Signataire "Motion C pour : Un monde d'avance" 







    Newsletter Appel de Paris n°25 – Octobre 2008 – Rapport INSERM : une avancée dans la reconnaissance des liens cancer/environnement
     
     
    Une expertise collective de l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) sur le thème «Cancers et environnement» annonce que «les modifications de l’environnement pourraient être partiellement responsables de l’augmentation constatée de l’incidence de certains cancers». Voir le dossier de presse en cliquant ici. Parmi les facteurs cancérogènes «avérés ou probables» énoncés figurent l'amiante, les radiations, le radon ou le tabagisme passif, mais aussi les pesticides, les dioxines, les PCB, certains métaux lourds, les particules issues du trafic automobile, etc.
     
    L’ARTAC, pionnière en France pour l’étude des liens entre cancer et environnement - voir nos publications scientifiques (1) -, salue cette reconnaissance du rôle de l’environnement dans l’épidémie de cancers actuelle.
     
    Selon le Pr. BELPOMME, Président de l’ARTAC : «Il s’agit d’une prise de position très importante de l’INSERM, qui corrige le point de vue qu’elle avait exprimé en 2005, conforte le message des nombreux scientifiques ayant signé l’Appel de Paris(2) et confirme le bien-fondé des travaux réalisés par l’ARTAC, en relation étroite avec des chercheurs européens et américains. Selon le rapport de l’Académie de médecine publié en septembre 2007, au moins deux cancers sur trois n’ont pas de cause connue, liée au mode de vie. Il est clair que les causes à rechercher sont ailleurs, et que cet ailleurs ne peut être que l’environnement.»
     
    Le cancer est responsable chaque année de près de 150 000 décès dans notre pays. En 2005, on estimait à 320 000 le nombre de nouveaux cas de cancers en France. Depuis 1980 l’incidence des cancers a augmenté de 35 % chez l’homme et de 43 % chez la femme en taux standardisés, c’est-à-dire gommant l’accroissement et le vieillissement de la population française. Afin de lutter efficacement contre ce fléau de santé publique, l’ARTAC appelle à l’accélération des recherches sur les interactions entre cancer et environnement, et à l’apport de solutions rapides pour réduire l’exposition des populations à ces facteurs de risque environnementaux, notamment par l’interdiction des substances les plus dangereuses, et non l’émission de simples «recommandations».
     
    L’ARTAC rappelle qu’en matière de cancérogenèse chimique expérimentale, la durée d’exposition aux agents cancérigènes doit être considérée, plutôt que l’intensité de dose. De faibles doses répétées peuvent ainsi être cancérigènes. Au plan international, il est maintenant reconnu que notre environnement et nos organismes sont contaminés par de très nombreuses substances potentiellement cancérigènes, mutagènes et/ou reprotoxiques (CMR), dont nul ne connaît les «effets cocktail» (3).
     
    L’ARTAC considère comme urgent et prioritaire de protéger les personnes les plus vulnérables que sont le fœtus (donc la femme enceinte) et les jeunes enfants. Leurs organismes en développement et leurs mécanismes de détoxification immatures, sont infiniment plus sensibles aux substances CMR, et cette exposition peut générer des cancers qui apparaîtront plusieurs années ou même des décennies plus tard.
     
     


    ________________________________________
    (1) Irigaray P., Belpomme D.  Mechanism of Environmental Carcinogenesis. In Encyclopedia of Environmental Health, Elsevier, scheduled for publication in 2009. (Invited publication)
     
    Belpomme D. Possible common viral origin of human acute lymphoid leukaemia and non Hodgkin's lymphoma: a retrospective analysis of experimental data based on cell cultures, in Viral Cancers: Etiology, Pathogenesis, and Treatment, Novascience (Invited publication).
     
    Irigaray P. Adipose tissue as a key contributor to Polycyclic Aromatic Hydrocarbons induced carcinogenesis. In Polycyclic Aromatic Hydrocarbons: Pollution, Health Effects and Chemistry (Invited publication)
     
    Belpomme D., Irigaray P. Mechanisms of chemical environmental carcinogens. Carcinogenesis (Invited publication)
     
    Dossier «Cancer : Influence of environment» dirigé par le Pr. Belpomme de la revue Biomedicine & Pharmacotherapy : 
    •    Belpomme D. Cancer and the environment: Facts, figures, methods and misinterpretations. Editorial. Biomed Pharmacother. 2007 Dec;61(10): 611-613.
    •    Irigaray P., Newby J.A., Clapp R., Hardell L., Howard V., Montagnier L., Epstein S.S., Belpomme D. Lifestyle-related factors and environmental agents causing cancer: An overview. Biomed Pharmacother. 2007 Dec;61(10):640-658.
    •    Irigaray P., Newby J.A.,  Lacomme S., BelpommeD. Overweight/obesity and cancer genesis: More than a biological link. Biomed Pharmacother. 2007 Dec;61(10):665-678. etc.
     
    Belpomme D., Irigaray P., Hardell L. Electromagnetic fields as cancer-causing agents. Environ. Research, 107 (2008) 289-290.
     
    Belpomme D., Irigaray P., Hardell L., Montagnier L., Epstein S.S., Clapp R., Sasco A.J.  The multitude and diversity of exogenous carcinogens. Environ. Research, 105 (2007) 414-429.
     
    Belpomme D., Irigaray P., Newby J.A., Howard V., Clapp R., Sasco A.J., Hardell L. The growing incidence of cancer: role of lifestyle and screening detection. Int J Oncol. 2007, 30, 1037-1049.
     

    (2) Déclaration internationale sur les dangers sanitaires de la pollution chimique, signée par plusieurs prix Nobel et des milliers de scientifiques et médecins.
     

    (3) Alors que la plupart de ces molécules n’ont pas ou que peu été étudiées, même individuellement, il est extrêmement difficile si ce n’est impossible d’analyser les effets de ces nombreuses molécules combinées dans nos organismes, c’est-à-dire de la «multi-exposition». Certaines molécules peuvent par exemple potentialiser l’effet d’autres molécules présentes dans un mélange.



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