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    12/29/2007

    En 2008, refusons le désenchantement ... AvecPaul Quilès

    Je vous propose ce magnifique texte de Paul Quilès, disponible sur son blog. Il nous présente des voeux originaux, qui nous font réviser nos fondamentaux, qui nous proposent de réfléchir, de nous mettre en action en 2008, d'aller de l'avant ... refuser un monde désenchanté ... car c'est déjà commenser à créer le suivant, plus juste, plus solidaire, plus porteur d'espoir ... Bonne Année 2008 !
     
     2008 Comme chaque année à pareille époque, j’ai eu la tentation de me livrer au geste fatalement répétitif et un peu vain qui consiste à souhaiter largement bonheur, santé, chance, amour…sachant fort bien que, pour la plupart d’entre vous, je n’y peux pas grand-chose.

           Eh bien, j’ai résisté et je me  permets plutôt de vous livrer une réflexion qui me semble pouvoir être utile en 2008 à celles et ceux qui s’intéressent à la vie publique et à l’action politique.

    Elle m’a été suggérée par l’historien Jean Pierre Rioux, lors d’un récent colloque. Il était question de savoir si Jean Jaurès parlait à la gauche du 21ème siècle. J.P. Rioux nous a rappelé que pour Jaurès, on ne pouvait avancer que si l’on était capable de :

    - se respecter et de respecter les autres

    - conjuguer la « petite » et la « grande » patrie

    - ne pas perdre le sens de la réalité du monde

    - refuser un monde désenchanté

     

           Un siècle plus tard, malgré l’évolution de nos sociétés, le conseil me semble toujours aussi pertinent, notamment celui de refuser le désenchantement. Si l’état du monde, avec ses désordres et les risques qui nous menacent, n’incite pas à l’optimisme, nous avons le devoir de ne pas le peindre chaque jour en noir. Sinon, comment agir si on n’a pas l’espoir d’un monde meilleur ?

    Cet espoir, que certains appellent la foi, n’est pas uniquement de nature religieuse. Martin Luther King le définissait d’une belle formule en disant que c’est « monter la première marche, même quand on ne voit pas tout l’escalier ».

            

    Voila justement ce que je nous souhaite : d’avoir en 2008 le courage et l’envie de « monter la première marche », celle de l’action au service des autres et du bien public et de la préparation de l’avenir…même si nous ne voyons pas « tout l’escalier », celui du monde de demain.

           C’est ainsi que nous éviterons le désenchantement et que nous vivrons pleinement la nouvelle année qui s’annonce.

           Bonne année !

                                             Paul Quilès

    12/25/2007

    Soirée- débat du 13 décembre (Romainville, 93) 2007 sur la parité : "Femmes de Gauche en politique", 2eme partie

     
     
    1. Débat avec la salle.

      

    Elisabeth Pochon, tête de liste municipales à Villemomble.

    Il est plus facile de recruter des femmes dans une tranche d’age de 45-50 ans et plus, pour constituer une liste, que dans des tranches d’age plus jeunes ; « chez les jeunes filles c’est devenu presque inquiétant » ; pourtant il existe des femmes de gauche, ayant des convictions fortes, des compétences.

    Elle raconte une anecdote sur un échange scolaire avec des jeunes danois ; elle a constaté une parité réelle et vivante chez ces jeunes, notamment exprimée dans le contexte sportif. Cela a provoqué un vif étonnement chez les élèves masculins français, peu habitués à voir des filles faire intrusion dans leur monde de garçons.

    « Il y a encore beaucoup à faire en France pour parvenir à la parité ».

     

    Il faut porter l’idée que les femmes peuvent exprimer leurs convictions ; pourquoi pas par un débat national sur le bénévolat et le militantisme (engager des réflexions sur des modes de garde des enfants à mettre en place pour libérer les mères, créer une rémunération de ces activités en les reconnaissant en tant que périodes travaillées ouvrant des droits ? …) ? Ce sont des pistes à explorer pour favoriser l’expression des femmes.

    Elisabeth Pochon voit chez les femmes des approches différentes des problèmes qui leur sont soumis, des soucis d’efficacité qu’on ne rencontre pas de la même façon chez les politiques hommes …

     

     

     

     

    V. Le Bihan, militante Aubervilliers

    Au-delà de l’arrivée des femmes, la parité permet un renouvellement des élus ; elle évoque le problème de cumul des mandats : les hommes qui restent des années sur des mandats de maire.

    Cela explique partiellement le retard de représentativité des femmes en politique.

     

    Ce qui la choque c’est que quand on regarde tant au  niveau national qu’international, il y a encore de nombreuses assemblées sans femmes, ou bien alors elles ne sont là qu’en tant que traductrices !

     

     

     

    Réaction d’Elisabeth Guigou

    Les femmes doivent se battre pour la suppression du cumul des mandats, au moins des mandats exécutifs.

    On ne peut pas mener à bien un mandat de maire et un mandat de député en même temps. De plus cela permet de créer des places supplémentaires pour de nouvelles personnes, et également de revaloriser le rôle du parlement.

    Le non-cumul participerait aussi à régler en partie le problème de la diversité.

     

     

     

    Réaction de Marie-Noëlle Lienemann : Sur le nombre de mandats effectués.

    Elle a volontairement quitté son mandat de maire quand elle est devenue ministre ; elle pense qu’il existe un phénomène d’usure si on reste longtemps dans une fonction, qui motiverait le fait de limiter le nombre de mandats effectués sur une même fonction.

    L’autre point important à ses yeux : la collégialité.

    La 5e république est un système très présidentiel ; ce fonctionnement a tendance à se reproduire dans les instances locales.

    Pour que des femmes puissent prendre des responsabilités, il est essentiel qu’il y ait de la collégialité ; il faut éviter que par exemple, le poids d’un maire devienne tellement important sur sa ville que l’émergence d’autres personnalités devienne difficile, et donc sa succession problématique.

    Elle pose le problème de succession de certains maires qui ont fait table rase autour d’eux.

     

     

    Corinne Valls

    Intervient pour relativiser l’intervention de MNL sur la collégialité.

    Elle a vécu des municipales anticipées à Romainville, car la situation de la municipalité était devenue ingérable.

    Lors de l’élection de 2001 l’équipe avait tout tablé sur la démocratie participative, y compris le fonctionnement interne de la municipalité (bureau municipal élargi à l’ensemble des conseillers de la majorité).

    Corinne n’a jamais été maître de l’ordre du jour du bureau municipal : l’ensemble des élus avait toute latitude dans son travail ; Résultat : nombre de conseillers hommes se sont comportés comme s’ils étaient le Maire, rendant ainsi la municipalité totalement ingouvernable !

     

     

     

    U. Lanternier, militant Aubervilliers

    A propos du renouvellement : il a constaté une forme de renouvellement automatique et positif, effet inattendu de la parité ; en 2001 un certain nombre d’élus hommes, présents depuis longtemps, ont été sortis, et remplacés par des femmes plutôt jeunes et diverses. C’est un point positif de la parité que d’avoir aussi participé à faire baisser la moyenne d’âge des élus.

    La parité va donc amener un renouvellement générationnel et de la diversité.

     

     

     

    C. Ferrier, militante Clichy.

    L’accès au pouvoir est en grande partie fondé sur la cooptation ; or les hommes ont tendance à coopter des hommes.

    Par ailleurs les femmes ont moins confiance en elles, et c’est donc plus difficiles pour elles de parvenir à des fonctions de responsabilité, car on accorde plus facilement des postes à responsabilités à des personnes qui ne montrent pas leurs doutes ; et les hommes d’âge mur qui vont coopter des jeunes, culturellement auront tendance à choisir des hommes car à leur époque les femmes restaient plutôt au foyer. Les deux faits se cumulent en défaveur des femmes.

    Il est enfin difficile d’établir qu’on est discriminé parce qu’on est une femme ; il ne faut pas face à cela adopter une position victimaire, mais insister sur les facteurs culturels de cette discrimination : la discrimination n’est souvent pas un fait assumé des hommes mais ils reproduisent des stéréotypes culturels.

    Il faut donc insister sur l’éducation et les facteurs culturels plutôt que se contenter de revendiquer et se poser en victime.

     

     

    Militante Aubervilliers, issue syndicalisme.

    C’est au niveau de l’éducation qu’il faut travailler. Lutter contre l’inhibition de la parole, intégrée comme facteur culturel chez certaines femmes.

    Il faut travailler au sein des familles, au sein du rôle de la mère, au sein de l’identification par rapport à la mère.

    C’est à ce niveau qu’il faudrait travailler avec des groupes de parole, un réseau psychopédagogique, un réseau qui encadre les aspects relationnels au sein de la famille. Quant à l’espace public, il y a des cultures où les femmes sont sensiblement inhibées, où, lorsqu’on parle ou bien s’énerve, on est soit prise pour une hystérique, soit pas dans un état socialement acceptable ; c’est vraiment sur le culturel qu’il faut agir.

    Ses références sont plutôt Rosa Luxemburg et Flora Tristan, pour s’intégrer dans le combat de femmes de gauche … (ndlr : Elisabeth Guigou dans son exposé avait cité les noms de Rachida Dati et d’Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, comme exemples de femmes qui ont réussi et non en tant que modèles)

     

     

    Nejma, militante Aubervilliers

    De manière générale, note que ce sont les cantons dits perdus d’avance ou difficilement gagnables qui sont donnés aux femmes ; les délégations confiées aux femmes, c’est « petite enfance », « seniors » ou « handicapés » … Et au-delà de la distribution des responsabilités, il faut regarder au niveau des sections politiques : finalement il y a déjà beaucoup moins de femmes que d’hommes dans les sections.

    Dans les comités de campagne, il y a très peu de femmes pourtant elles représentent environ 40% sur les listes, mais elles ne viennent pas. Et ce ne sont pas forcément des mères de famille ou des femmes socialement en difficultés … il faudrait voir comment motiver les femmes à rejoindre les partis politiques, à leur donner envie de militer, leur donner l’envie d’avoir des responsabilités par la suite et les former.

     

     

    Elisabeth Guigou

    Souhaite relativiser sur la question de la représentation des femmes dans les sections ; elle cite les sections de Noisy le Sec et Bondy, où les femmes sont bien représentées.

     

     

    Ph Milia, militant Aubervilliers.

    Il faut que les hommes qui sont au pouvoir depuis très longtemps aient le courage de partir sans qu’on les pousse dehors.

    Il faut aussi avoir le courage de reconnaître que quand on est entre hommes et qu’on constitue une liste, on a tendance à systématiquement positionner les femmes sur des thèmes comme la petite enfance, or il faut aussi qu’on leur donne les finances !

     

     

    Intervention de Marie-Noëlle Lienemann

    Elle croit très importante la bataille culturelle, qu’elle soit dans l’entreprise ou dans la famille ; c’est le gros travail qu’il reste à faire dans bien des cas.

    Tous les ans elle faisait un bilan social dans sa municipalité d’Athis-Mons, pour imposer un regard sur les organigrammes, qui permette de voir à qui avaient été accordées des promotions, qui avait été embauché et à quelle fonction, de façon à pouvoir rééquilibrer la représentation entre hommes et femmes.

    Au Parlement européen, elle a été chargée de l’égalité hommes / femmes dans le fonctionnement administratif du parlement. Elle s’est rendue compte que, dans les concours de recrutement des institutions européennes, la partie constituant la sélection par les QCM (questionnaires de culture à choix multiples), provoque l’essentiel de la chute des femmes. L’élimination des femmes se fait sur cette partie du concours et non sur les entretiens ou la sélection sur dossier de candidature (pourtant plus difficiles) ; les hommes y réussissent mieux à égalité de diplôme.

    Pourquoi ? Peut-être parce que dans un QCM, la réponse c’est oui ou non ; or une femme va perdre du temps car elle ne trouve jamais la réponse qu’elle voudrait, elle voudrait nuancer …

     

    De même, elle a relevé que quand les hommes notent les femmes, ils ont tendance à les mettre dans la moyenne, ils ne les baissent pas par rapport aux hommes, mais ne les valorisent pas non plus ; résultat : elles sont moins promues. Ces méthodes de notation bloquent la promotion des femmes.

    Il y a aussi des facteurs culturels qui font qu’une femme sera, par exemple, rarement qualifiée de « combative » par son supérieur ; un homme sera jugé « combatif », et dans le même temps, une femme sera plutôt jugée « agressive » … Ce sont des présupposés culturels, qu’il faut comprendre et contre lesquels il faut combattre.

     

    Le rapport à l’autorité des femmes  pose également problème dans certains cas ; une femme qui fait preuve d’autorité sera taxée d’autoritaire. Donc pour parvenir à faire accepter son autorité, elle va devoir beaucoup plus discuter, argumenter.

    Le combat pour la parité ne peut donc pas être distingué d’un combat plus large d’émancipation.

    Il y a besoin d’un fort combat politique sur les stéréotypes.

     

    Autre point, une femme qui commence jeune, pour peu qu’on l’accompagne un petit peu, arrive à passer le cap des enfants, et elle continue en général assez longtemps en politique.

    Le plus dur, c’est quand on est mère et qu’on n’a pas été militante avant ; on n’est pas encore un peu reconnue dans le milieu, on ne sait pas encore différencier ce qui est important et ce qui est secondaire.

    Plus on a commencé jeune et avant la maternité, plus on a de chances d’accéder à des responsabilités, même si la maternité est souvent une rupture un peu délicate … Par contre aller convaincre une femme qui n’a jamais été militante avant d’avoir ses enfants, qui a encore des enfants en âge de faire pression sur elle « t’es jamais là… », … on a du mal à faire émerger ces femmes-là à des niveaux de responsabilité ; d’où l’importance de travailler très tôt en direction des mouvements étudiants, des associations où on trouve des jeunes femmes, car c’est là que les viviers se trouvent.

    Après il y a le deuxième cycle : les enfants commencent à grandir, les femmes veulent reprendre des responsabilités. En général cela concerne des femmes qui en avaient déjà prises avant.

     

     

    Militante Noisy le Sec

    A travers le Mouvement civique des femmes qu’elle a créé à Noisy le Sec, elle constate qu’il y a comme une fracture, une reproduction des élites politiques à l’intérieur des partis, et de l’autre coté, il y a les autres femmes, qui reçoivent de plein fouet le travail partiel, il y a comme une sorte tiers mondialisation de la vie des femmes dans le département du 93 ; l’aspect éducation est très important, la possibilité de mettre en place des structures qui permettent aux femmes de s’exprimer, de se réapproprier des espaces, c’est très important.

     

     

    Sonia, militante Gagny.

    J’aimerais que cette soirée n’en reste pas là ; on a dressé beaucoup de constats. J’espère que les choses vont bouger.

    Il existait une commission femmes il y a un certain nombre d’années, qui a complètement disparu.

    Sur la prise de parole des femmes, ce n’est pas seulement culturel : Quand les femmes parlent, ce n’est pas pour s’entendre parler ; pour avoir été présente lors de nombreux conseils fédéraux, « je peux vous dire que c’est assez hilarant de voir tous ces hommes défiler à la tribune pour s’écouter parler ».

    « Sur la formation, on aimerait bien avoir un relais formation au niveau fédéral. Tous ceux qui n’ont pas fait de la politique leur métier se sentent abandonnés, et c’est la méthode « démerde » «  !

     

     

    Marie-Noëlle Lienemann

    Elle a pu constater que des femmes ont pris beaucoup de confiance en elles après des formations sur l’expression, les techniques d’expression.

    L’art du verbe fait partie des codes politiques ; il y a beaucoup de bavardages, mais cela reste important. Peu de femmes font des prises de parole. Trop peu.

    Du coup elles apparaissent peu dans l’apport du débat politique ; il y a un travail à faire à ce niveau.

    L’assemblée des femmes a joué un rôle important pour toute une série de femmes ; il faut des lieux où les femmes s’arment pour lever un certain nombre d’obstacles.

    Dans les années 1970/80, il y avait un vrai effort dans le parti socialiste à ce niveau (apport d’Yvette Roudy), il faut le réinventer.

     

     

    Sonia, Gagny

    Le statut d’élu est aussi un réel problème quand on vient du privé. Les personnes issues de la fonction publique ont un droit de réintégration, les personnes travaillant dans le privé ont perdu leur poste ; point. Donc faire de la politique quand on vient du privé, c’est risqué …

     

     

    Riva Gherchanoc

    En termes de visibilité, les femmes doivent se faire violence pour prendre la parole dans les réunions de section et autres ; ce n’est pas normal, c’est une situation bloquante pour elles, d’autant que les hommes n’hésitent pas à prendre la parole, même pour des choses peu importantes, mais de ce fait on les remarque. Les femmes, culturellement, vont avoir tendance à ne prendre la parole que si elles estiment avoir quelque chose d’important à apporter dans le débat. Donc elles s’autolimitent !

     

    Egalement lorsqu’on parle des SDF, de pauvreté, elle est choquée qu’on parle si peu des femmes, des familles, des travailleurs pauvres, des femmes seules avec leurs enfants, qui travaillent, qui vivent dans les hôtels. On montre toujours des hommes SDF, le sort des femmes reste caché.

    Soirée- débat du 13 décembre (Romainville, 93) 2007 sur la parité : "Femmes de Gauche en politique", 1ere partie

    P1000750P1000756Soirée- débat à Romainville (93) le 13 décembre 2007 sur la parité, 

    organisée par Corinne Zannier, Secrétaire fédérale du parti socialiste de Seine-St-Denis :

    « Femmes de Gauche en politique »

     

     

    Ouverture de la soirée :

     

    Philippe Guglielmi, Pdt du Conseil fédéral et 1er Maire adjoint de Romainville

    et

    Corinne Valls, Maire de Romainville

     

     

     

     

    Intervenantes : Elisabeth Guigou, Marie-Noëlle Lienemann, Riva Gherchanoc.

     

      

    1. INTERVENTIONS :

     

    Elisabeth Guigou, Députée de Seine-Saint-Denis, ancienne Ministre

     

    Elisabeth Guigou ouvre la soirée par un bref historique de la citoyenneté des femmes en France, de l’acquisition tardive du droit de vote et d’éligibilité.

    Ce combat des femmes est donc un fait encore très récent, il faut s’en souvenir.

     

    Si la France n’est pas exemplaire sur le sujet de la parité, il faut néanmoins reconnaitre que la situation n’est pas identique selon le type de mandat et selon le type de scrutin ; les scrutins de liste, par exemple, sont beaucoup plus favorables aux femmes que les scrutins uninominaux, les femmes sont désormais bien représentées à l’échelon municipal, mais restent largement minoritaires à l’Assemblée Nationale.

     

     

    1. « On a besoin de cette solidarité entre femmes »

     

    Compter sur la solidarité féminine.

    Ne pas adopter un féminisme victimaire, il ne faut pas prendre toutes les attaques, toutes les critiques, comme des critiques personnelles ; il y a des critiques politiques, il faut accepter ce fait. Si les femmes refusent ces critiques, elles desservent la cause de femmes.

    La politique est un monde dur, un monde de compétition, il faut en accepter les règles.

     

     

    1. Rester soi-même, ne pas singer les hommes.

     

    Même si accéder à des postes à responsabilité, dans le milieu professionnel comme dans le milieu politique, est plus difficile pour les femmes, quand elles accèdent à de tels postes où la représentativité des femmes reste faible, être une femme devient un avantage, à condition de se monter compétente ; une femme est plus en vue, plus remarquée, on lui porte plus d’attention.

    Les femmes doivent donc reconnaître qu’elles ne sont pas que désavantagées.

    « Certes c’est plus difficile au départ, il faut toujours plus démontrer, mais il n’y a pas que des inconvénients et on fera aussi avancer la cause des femmes si on reconnaît ça. »

    Il faut rester soi-même, ne pas « singer » les hommes, ne pas avoir de complexe.

    Il y a de plus en plus d’entraide entre femmes, quelques hommes également essaient d’aider la cause des femmes à progresser.

     

     

     

    Marie-Noëlle Lienemann, Députée européenne, ancienne ministre

     

    « Les lois sur la parité correspondent à la fin d’un cycle et en même temps à un départ » :

    C’était un des combats importants que de faire reconnaître le principe que les femmes et les hommes étaient tous deux nécessaires à l’exercice du pouvoir et de toutes les responsabilités dans cette société.

    En même temps c’est aussi un début de combat : il faut prendre appui sur cette loi pour modifier radicalement l’accès de toutes les femmes potentiellement, à des responsabilités.

    Car quelques femmes arrivent après bien des efforts à percer mais la grande masse des autres ne se sent pas partie prenante et beaucoup rencontrent encore des difficultés.

    Il est très important de ne pas avoir un comportement victimaire. Se placer en victime ne crée pas d’adhésion, d’empathie, de respect. On n’a pas envie de confier des responsabilités à quelqu’un qui se place en victime.

     

    Mais Marie-Noëlle a pu tout au long de son parcours observer à quel point les femmes doutent d’elles mêmes :

    « Doute structurel lourd, même chez des femmes qui ont eu des responsabilités » (cite l’exemple de son équipe municipale d’Athis-Mons, lors de renouvellement d’équipe).

    Les femmes doivent faire très attention à se conforter mutuellement dans leurs prises de responsabilité en formation, dialogue, confiance politique, en organisation de travail collectif.

     

    La concordance entre vie familiale et vie politique est un autre point important où il faut progresser.

    Il faut encore démocratiser l’accès aux responsabilités politiques ou électives ; le lien avec le monde associatif est également primordial.

     

    Encore beaucoup de femmes sont en difficultés dans leur rapport au verbe, dans la survalorisation de la question oratoire dans le politique : nombre de femmes ne prennent pas la parole dans les réunions politiques, ou en public ; c’est un comportement très ségrégatif

     

     

     

     

    Riva Gherchanoc, co-fondatrice des Insoumises, suppléante PS pour le canton Montreuil-est (Nicolas Voisin)

     

    Présentation de son parcours de militante associative, qui a abouti à création du comité Montreuil de Ni Pute Ni Soumise (NPNS).

    L’entrée de Fadela Amara dans le gouvernement Sarkozy et les tensions dans NPNS ont conduit à la sortie de NPNS et la création des Insoumises (site http://www.insoumises.org).

     

    Riva aborde le sujet des circonscriptions difficilement gagnables confiées souvent à des femmes, ce qui tempère le bénéfice d’accès au politique permis par les lois sur la parité.

    De même, les exécutifs communaux, intercommunaux … demeurent quasi exclusivement masculins, même si les femmes progressent dans les conseils municipaux ou à l’Assemblée.

     

    Elle rappelle également que toutes les femmes ont eu au moins une fois à subir des blagues ou remarques sexistes et misogynes parfois difficiles à supporter. Un tel comportement des femmes envers les hommes n’existe pas …

     

    Elle regrette que les partis politiques préfèrent encore payer des pénalités plutôt, que de promouvoir des candidates femmes. De plus cet argent pourrait être utilisé de façon plus profitable :

    Rien n’est mis en place pour faire garder les enfants pendant que les mères exercent leurs responsabilités politiques, c’est un frein à l’insertion des femmes dans les carrières politiques.

     

    De même, lorsque des femmes accèdent à des fonctions exécutives, elle rappelle que la répartition des postes n’est pas égale : petite enfance, éducation, femmes, handicapés, sont considérés comme des portefeuilles « féminins » ; alors que la sécurité, la voierie, les bâtiments, correspondraient plus à des fonctions de conseiller « homme » !

     

     

    12/21/2007

    Comment N. Sarkozy foule aux pieds la laïcité, valeur fondamentale de la République.

    « La loi de séparation, c’est la marche délibérée de l’esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l’entière raison. » Jean Jaurès

     

     

     

    Une nouvelle fois, Nicolas Sarkozy, dans le cadre de son déplacement à Rome où il est allé rencontrer le Pape et prendre possession du titre de Chanoine d’honneur de St-Jean de Latran, non seulement a contredit les propos qu’il a tenus en tant que candidat à l’élection présidentielle, mais surtout continue à verser dans une politique-spectacle des plus affligeantes, des plus démagogiques, des plus populistes.

     

    Ce qui me semble le fait le plus grave, c’est que tant par l’acte d’aller revendiquer ce titre religieux purement honorifique (s’il s’en était arrêté là, il n’y aurait que demi mal, car à deux exceptions près, tous les autres présidents depuis 1957 ont fait cette démarche) que surtout par les propos qu’il a ensuite tenus dans le discours qui a suivi, il met à mal un des principes fondamentaux de la République, à savoir la laïcité, pilier de la République et par là même, il prend le risque de relancer certaines tensions et polémiques dirigées contre la communauté musulmane de ce pays.

    Diviser pour régner, comme toujours, diviser les Français entre eux, aujourd’hui catholiques contre musulmans, à défaut de tenter de remédier à la crise économique, à la crise du logement, au pouvoir d’achat qui ne décolle pas, au malaise social qui perdure, exercices autrement plus difficiles …

    Gagner du temps en monopolisant la Une des medias, en multipliant les gesticulations, cela semble sa méthode favorite pour retarder le moment où le peuple se rendra enfin compte qu’il a été berné en l’élisant à la tête de l’Etat, qu’il comprendra l’inefficacité voire la dangerosité du personnage, de ses formules à l’emporte pièce, de sa stratégie qui ne considère que la partie la plus favorisée de la société française et ignore superbement les autres !

     

    Ce titre de « chanoine d’honneur de St-Jean de Latran » accordé à tout chef de l’Etat français en exercice est une tradition qui remonte à … 1604 ; initialement il a été créé par le pape de l’époque pour le roi Henri IV et ses successeurs, pour services rendus à la papauté par la France. C’est la Révolution qui va mettre fin à la monarchie de droit divin et donc à partir de cette date, la France ne doit plus être perçue comme « fille ainée de l’église », ni se prévaloir de telles charges.

    Tombé en désuétude, ce titre sera remis à l’honneur en 1957 par René Coty. Depuis cette date, hormis G. Pompidou et F. Mitterrand, tous les présidents ont accepté cette fonction honorifique.

    … Donc s’il n’y avait eu que le fait, pour Nicolas Sarkozy, de s’être rendu à Rome pour aller chercher ce titre d’opérette, cela ne vaudrait pas la peine de noircir du papier sur le sujet ! Cela tendrait seulement à conforter l’image mégalomaniaque de cet homme, épris de tout ce qui représente le pouvoir et les manifestations de son prestige.

     

    Mais, certains propos tenus par Nicolas Sarkozy à cette occasion sont aberrants, dans le sens où il renie des idées qu’il a exposées durant sa campagne en vue de l’élection présidentielle, et donc des idées sur la base desquelles il a été élu :

    Le 30 novembre 2006, lors de l’émission « A vous de Juger », sur France 2, il déclarait notamment : « la laïcité c’est la séparation de l’église et de l’Etat, cette séparation doit être absolue ».

     

    … Cependant ses convictions ayant pour particularité d’être à géométrie variable, et fonction de tendances sondagières, il faut relativiser la portée de cette déclaration péremptoire en se souvenant que le même Nicolas Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, avait commandé en 2006  le rapport Machelon, lequel préconisait de réinstaller le religieux dans l’espace politique en permettant toutes les formes de financement public pour la construction de lieux de culte. Cette proposition consistait tout simplement à vider de son sens l’article 2 de la loi de 1905 dite de séparation de l’église et de l’Etat, qui garantit que l’Etat « ne reconnait, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. ».

    De même, le 29 septembre 2005, il déclarait qu’on peut « légèrement adapter la loi de 1905 sans que la laïcité ne s’écroule » afin de « s’adapter à la réalité du temps ».

    On peut donc dire que la position de Nicolas Sarkozy sur le sujet est caractérisée par ses incessants revirements d’opinion !

     

    Pourtant nos textes fondateurs ne laissent place à aucune ambigüité :

    Article 1 de la Constitution de 1958 : « la France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. »

    Le message délivré par cet article est on ne peut plus clair : les religions relèvent de choix privés, et la France est l’un des rares pays laïcs pour lequel la laïcité fait partie des principes fondamentaux de la république.

    La laïcité est considérée comme un cadre protecteur des droits de l’homme ; la laïcité doit concourir à « l’égalité de tous les Français devant la loi, la liberté de tous les cultes, la constitution de l’état civil et du mariage civil, et en général l’exercice de tous les droits civils désormais assuré en dehors de toute condition religieuse » (Ferdinand Buisson, 19e s.).

     

    Les déclarations de Nicolas Sarkozy prononcées le  20 décembre 2007 à Rome, dont je vous propose ici un florilège sont donc purement et simplement inacceptables de la bouche de l’homme sensé représenter la France et l’ensemble des citoyens français dans le monde, et diriger la politique de notre pays !

    «La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû.» : ce n’est pas la laïcité, mais plutôt la Révolution française et les principes de liberté et d’égalité dont elle a permis l’émergence, qui ont coupé les racines chrétiennes de la France, pour lui permettre de développer ses racines de laïcité, de fraternité et de tolérance !

    «Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes» … enfin, jusqu’à la Révolution française !!

    «Assumer pleinement le passé de la France et ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Église» : assumer pleinement le passé - certes prestigieux mais dont un certain nombre de valeurs sont définitivement révolues-, oui, mais pour mieux vivre dans le présent, attaché à ses valeurs de diversité et de laïcité.

     «Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue interreligieux, dans les universités, je vous soutiendrai» : par cette phrase, Nicolas Sarkozy reconnait donc l’échec des politiques qu’il a menées, d’abord en tant que Ministre d’état, et maintenant en tant que président de la République, pour résoudre la crise sociale et économique dans laquelle notre pays est plongé depuis un certain nombre d’années maintenant.

    De plus, il semble ignorer que la deuxième religion présente en France est l’islam, et que de tels propos non seulement renouent avec l’esprit colonialiste qu’il a réfuté lors de sa visite récente en Algérie, mais ne respecte absolument pas les convictions et croyances des citoyens musulmans de notre pays. Après le karcher il compte utiliser l’ostie et le crucifix pour résoudre les problèmes des habitants des banlieues ??

     

    …Et après nous avoir conseillé de travailler plus pour gagner plus, bientôt le conseil d’aller bruler un cierge pour trouver plus facilement un appartement ou un travail ???

     

     

    Corinne Zannier

    Gauche Avenir,

    SF PS 93

    2007-12-21

     

    12/16/2007

    La parité en politique

    Avant la soirée-débat que j’ai organisée le 13 décembre prochain à la salle des fêtes de Romainville (93) sur le thème « femmes de gauche en politique, la parité en action » (intervenantes : Elisabeth Guigou, Marie-Noelle Lienemann, Riva Gherchanoc - ex comité Montreuil de Ni Putes Ni Soumises, co-fondatrice des Insoumises, et Corinne Valls, Maire de Romainville), j’ai souhaité refaire le point sur ce sujet qui certes avance, mais tellement lentement, qu’à ce rythme il nous faudra bien encore un siècle avant de parvenir à une parité réelle et effective … malgré l’arsenal législatif sensé contraindre les hommes en place à nous laisser la place qui nous revient de droit  !

     

    Car si les femmes apparaissent bien sur les listes « parce que c’est obligatoire », trop souvent on leur attribue les circonscriptions sans enjeu politique d’importance, ou difficilement gagnables. Et c’est pour cette dernière raison essentiellement que bien que sur la ligne de départ il y ait bien 50% de femmes ou presque, à l’arrivée il en reste fort peu (dernière élection législative, 107 femmes sur 577 députés élus !).

    De même sur les listes municipales, si la parité « de façade » est bien respectée, car devenue obligatoire (tout au moins au stade de l’établissement et de l’enregistrement des listes), en revanche les fonctions les plus prestigieuses (adjoints notamment) reviennent préférentiellement aux hommes.

     

    L’effectivité de la parité en politique se heurte à plusieurs problèmes :

    -         Lors des réservations de candidatures, les élus sortants se représentant sont prioritaires ; or, ce sont quasiment toujours des hommes. Donc globalement, on peut dire que la plupart des circonscriptions gagnables restent des chasses gardées masculines.

    -         Quand on regarde la constitution des partis politiques, on remarque que l’essentiel des cadres des partis sont … des hommes. Or ce sont ces cadres qui forment l’essentiel des grands élus et briguent les fonctions les plus prestigieuses. La seule exception concerne les institutions européennes, dont l’organisation est plus récente et où donc les femmes ont eu moins de difficultés à s’intégrer.
    D’autant plus que dans les esprits, il est plus prestigieux d’avoir une fonction parlementaire nationale qu’européenne …

    -         Ce parcours du combattant où tous les coups sont permis et où, pour s’imposer en tant que femme, il est nécessaire de faire preuve de beaucoup de constance et de disponibilité, a de quoi rebuter … Donc il est difficile de recruter des militantes réellement actives sur du long terme, d’autant plus si en parallèle elles doivent gérer vie professionnelle et familiale (car on ne le dira jamais assez : encore aujourd’hui ce sont les femmes qui ont en charge l’essentiel des taches d’éducation des enfants et d’entretien du foyer familial, …). Nous partons par conséquent avec un certain déficit numéraire dès le départ …

     

    Mais par contre non, je refuse d’entendre, comme raison principale pour légitimer la situation actuelle, que les femmes seraient moins compétentes que les hommes à des fonctions d’élus.

    Il n’est qu’à regarder les statistiques de réussite scolaire pour se convaincre que cela est absolument faux (les filles réussissent un peu mieux et poursuivent des études un peu plus longtemps que les garçons) ! Elles disposent donc d’un même potentiel de connaissances et de compétences, d’un cerveau aussi bien structuré et développé que celui de la moyenne des hommes, de capacités de réflexion équivalentes … mais elles ont en plus une sensibilité indéniable qui peut être un avantage pour s’engager sur des sujets touchant au social, à l’enfance, une compétence plus pointue sur des questions aussi terre à terre que le pouvoir d’achat … puisque ce sont elles qui généralement s’occupent des achats pour la famille … et il faut bien que cela constitue un avantage !!!

    On peut également ajouter qu’elles passent plus de temps à étudier leurs dossiers, sont plus pointilleuses sur les questions de détails … cette meilleure connaissance des affaires traitées compensant amplement le fait qu’il y a peu de tribuns qui soulèvent les foules parmi les femmes politiques (… encore que ! les interventions de Marie-Noëlle Lienemann nous révèlent une députée vraiment charismatique, bien plus que certains hommes !).

     

     

    Par conséquent, puisque malgré l’arsenal législatif qui s‘est considérablement développé depuis 2000, les femmes ne parviennent toujours pas à occuper la place qui est la leur en politique, c’est d’abord à nous, citoyennes qui représentons 55% de l’électorat français, d’utiliser notre bulletin de vote de façon à peser en faveur de nos candidates ; Et c’est aussi à nous, militantes de base, de participer activement aux campagnes et notamment aux campagnes de recrutement de nouvelles militantes, et d’utiliser les votes internes dans les partis pour permettre l’émergence de candidates du renouvellement.

    Et c’est aussi aux pionnières du monde politique qu’il revient de transférer leurs compétences terrain et leur expérience à la nouvelle génération, afin d’accélérer et d’augmenter le nombre de femmes potentiellement éligibles.

     

     

     

     

    Approche de la parité.

    C’est la Révolution française qui va poser le principe de l’égalité de tous … mais ses tenants n’iront pas jusqu’au bout de leur logique : les femmes n’obtiendront pas le droit de vote.

    Par contre elles se verront reconnaître la personnalité civile, premier pas vers leur émancipation.

     

    Au XIXe siècle, la femme est totalement définie par son rôle familial : elle est seulement épouse et mère, totalement soumise à son mari. En dehors du mariage, elle n’est rien.

    Il faudra attendre 1848 pour voir apparaître les premières revendications féministes pour le droit de vote des femmes.

     

    La première guerre mondiale, qui éloignera les hommes durant plusieurs années et créera un trou générationnel à la fin de celle-ci du fait du grand nombre de victimes, va constituer une première opportunité pour que les femmes commencent à sortir de leur carcan ; en effet ce sont les femmes qui vont faire tourner l’économie, assumer nombre de taches « masculines » pendant la guerre. Mais à la fin de celle-ci, la brèche se referme d’autant plus vite qu’il faut repeupler …

     

    … Et il faudra finalement attendre l’ordonnance du 21 avril 1944 signée par Charles de Gaulle qui octroiera le droit de vote aux femmes et leur donnera le droit d’être élues.

     

    La femme vue par le Code Civil.

    Pour le Code Napoléonien de 1804, la femme est mineure à vie.

    Jusqu’en 1965, la femme doit demander à son mari une autorisation pour pouvoir exercer une profession.

    En tant qu’épouse, elle a également de nombreuses obligations et limites dans son autonomie : elle doit obtenir l’autorisation de son mari pour se présenter à un examen, s’inscrire à une université, ouvrir un compte bancaire, faire établir un passeport, passer le permis de conduire, se faire soigner dans un établissement.

     

    Les mouvements féministes.

    Ils apparaissent au XIXe siècle avec le développement de la démocratie. Il existe deux tendances : l’une exige une stricte égalité entre hommes et femmes, l’autre revendique une égalité modulée en fonction du rôle et des qualités propres aux femmes, ce qui correspond plus à notre pensée actuelle.

     

    Dans les années 1970 va se constituer le MLF (mouvement de libération de la femme), dominé par des universitaires et des femmes de gauche. Il sera le lieu privilégié des combats menés pour le droit à la contraception et à l’avortement, le droit à disposer librement de son corps, la lutte contre les inégalités et les violences subies par les femmes.

     

    Le monde du travail : des progrès limités.

    La France est le 2e pays pour son taux d’activité des femmes (le 1er est le Danemark). Mais, 70% des femmes travaillent dans 30% des métiers les moins payés et les moins considérés.

    Elles connaissent toujours de grandes difficultés à accéder aux postes à responsabilités, subissent plus souvent que les hommes des temps partiels imposés, des inégalités de salaire et d’emploi.

     

    Le rapport de 2000 du Conseil Economique et Social (CES) dirigé par Michèle Cotta mettait l’accent sur les difficultés rencontrées par les femmes pour accéder aux postes à responsabilités dans les entreprises privées et publiques.

    Le rapport 2007 du CES montre qu’il y a eu peu d’évolution pendant la période 2000-2007, alors que le nombre de femmes actives continue à croître (en 2005, les femmes représentent 46% de la population active).

     

    Brièvement,

    En 1999, les femmes occupent 25% des fonctions d’encadrement dans le privé. En 2002, elles représentent 28% des cadres privés, ce qui correspond à une progression d’autant plus faible que les lois sur la lutte contre les discriminations deviennent plus prégnantes et contraignantes.

    Dans la fonction publique hors enseignement les chiffres sont du même ordre.

    Les femmes ne représentent que 17% des dirigeants d’entreprises et plus l’entreprise est grande, moins il y a de femmes à sa tête.

    La discrimination n’est pas seulement numéraire, car quand les femmes atteignent de hautes fonctions, c’est essentiellement dans des filières liées à la communication, au marketing, aux RH, alors que les hommes occupent toujours prioritairement les fonctions de management opérationnel.

     

     

    Les femmes et la politique.

    La France est nettement en retard par rapport aux autres pays de la communauté européenne quant à la représentation des femmes en politique.

    Il n’y a en France que 10,8% de femmes au Parlement.

    Les partis politiques restent des fiefs masculins et c’est donc d’abord au sein des partis qu’il faut renforcer la représentation des femmes.

     

    La loi et la parité.

    En 1982 l’Assemblée Nationale adopte un texte qui prévoit aux municipales un quota de 25% de femmes dans les listes. Ce texte sera refusé car jugé anticonstitutionnel.

    En 1998-1999, aura lieu le projet de révision constitutionnelle relatif à l’égalité hommes-femmes.

     

    La loi du 6 juin 2000 sur la parité va imposer 50% de candidats des 2 sexes pour l’élaboration des listes pour les élections municipales des communes de plus de 3.500 habitants.

    Puis la loi 2007-128 du 31/01/2007 va renforcer l’obligation de parité :

    -         Elections municipales : parité stricte pour les communes de plus de 3.500habitants

    -         Elections régionales : parité stricte (liste et exécutif régional)

    -         Elections cantonales : suppléant de sexe opposé obligatoire

    -         Elections législatives : renforcement des pénalités financières si la parité n’est pas respectée.

     

     

    La représentation des femmes dans les instances politiques.

     

    Hormis au Parlement européen où la France se classe plutôt bien (4e place derrière la Suède, la Lituanie et les Pays-Bas), dans les autres instances décisionnelles, elle continue à faire figure de cancre !

    Car à un machisme décomplexé s’est substitué une parité de façade …

     

    Pourtant les femmes représentent aujourd’hui 55% de l’électorat et le nombre de femmes qui se présentent comme candidates est en constante augmentation (en 2002, 38,9% des candidats, sont des candidates). Est-ce à dire que les postes auxquels elles postulent sont moins souvent gagnables que ceux proposés aux candidats hommes ??

     

    ¨      Parlement Européen (732 membres renouvelés tous les 5 ans, dont 78 sièges pour la France) :
    En 1999, les femmes représentent 40,2% des parlementaires européens ; en 2004, le taux de femmes s’élève à 43,6%. Un score honnête, donc.

    ¨      Assemblée Nationale :
    La législature 2002- 2007 était composée de 71 femmes sur 577 députés, soit 12,3% de femmes et les commissions permanentes étaient présidées par des hommes. La loi sur la parité n’a donc pas eu beaucoup d’effets ...
    La France se trouvait ainsi au 21e rang quant à sa proportion de femmes parlementaires (1er pays au classement la Suède, avec 45,3% de parlementaires femmes).

    On progresse, lentement, trop lentement … mais sûrement !
    La législature actuelle comprend 107 femmes sur 577 députés, soit 18,5% de femmes ; MAIS, il n’y a aucune présidente de groupe ou de commission.
    Au bureau de l’Assemblée ne siègent que 2 femmes sur 12 membres (pour le PS, M. Lebranchu, questeur)

    ¨      Sénat :
    En 2004, il y a 56 femmes sur 331 sénateurs, soit 16,9% de femmes (lors de la législature 2001 elles représentaient 10,6% des sénateurs). Le nombre de candidates aux élections sénatoriales augmente sensiblement (le mode de scrutin a été modifié) mais pour autant le nombre d’élues ne suit pas : en 2004, 43,2% des candidats sont des candidates … mais elles ne sont qu’un peu plus de 16% à avoir été élues.
    Au bureau du Sénat, ce n’est guère plus brillant : 1 poste sur 6 du bureau revient à une femme, et 3 secrétariats sur 12.

    ¨      Conseil économique et Social :
    La mandature 2004-09 comprend 21,6% de femmes (50 / 231 conseillers), alors qu’en 1999 elles ne représentaient que 19%.

    ¨      Conseils régionaux :
    C’est l’assemblée la plus féminisée de France grace à la loi du 11 avril 2003 qui introduit l’alternance stricte hommes / femmes dans la composition des listes.
    En 1998, les femmes représentent 35,9% des candidates et 27% des élus,
    en 2004, elles représentent 49,4% des candidats et 47,6% des élus.

    ¨      Conseils généraux :
    La loi sur la parité ne s’applique pas à ce scrutin ; conséquence directe :
    Scrutin de mars 2001, 9,8% des femmes élues,
    Scrutin de mars 2004, 10,9% de femmes élues.
    Parmi les 101 présidents de conseils généraux, il n’y a que 3 femmes ; parmi les 1052 vice-présidents, seulement 132 femmes (soit 12,5 %).
    No comment !!!

    ¨      Conseils municipaux :
    Lors des élections de mars 2001, 33% de femmes ont été élues dans des conseils municipaux (contre 21,7% en 1995).
    Dans les communes de plus de 3.500 habitants elles représentent 47,5% (obligation de parité), contre 30% dans les villes de moins de 3.500 habitants (aucune obligation de parité). Ce qui vérifie bien que sans obligation légale, la parité ne s’exerce toujours pas !
    Petit bémol cependant : la place des femmes est restée très en retrait au niveau des exécutifs municipaux (en 2001, il n’y a que 10,9% de femmes maires ; et dans les villes de 30.000 à 99.000 habitants, elles ne sont que 8,2 % !)

    ¨      Gouvernement et cabinets ministériels :
    La première femme Premier ministre à occupé cette fonction pour une très courte durée : de mai 1991 à Avril 1992.
    Le gouvernement le plus féminisé a été le gouvernement Juppé 1 avec 12 femmes sur 43 ministres et secrétaires d’Etat … mais il a été très éphémère (mai à novembre 1995).
    A noter que depuis 10 ans le nombre de femmes ministres de plein exercice n’a jamais excédé le chiffre de 4.
    Dans les cabinets ministériels, même tendance ; les hauts fonctionnaires sont essentiellement des hommes.
    Les femmes se trouvent essentiellement dans des fonctions de relations avec la presse, la communication, les relations avec le Parlement, la direction du secrétariat particulier du ministre.
    Détail très amusant, cet état de fait se retrouve également dans les cabinets des femmes ministres.
    Enfin, il est à noter que la carrière ministérielle des femmes est bien souvent limitée à la participation à un seul gouvernement.

     

    En conclusion, je dirais donc que, même si cela ne semble pas encore suffisant, quand une loi impose la parité, la proportion de femmes élues progresse ; sans contrainte, elle piétine.

     

     

     

    Quelques pistes pour comprendre pourquoi la parité a tant de mal à s’imposer …

     

    1.      Le poids des stéréotypes socioculturels est encore très fort et le choix des orientations scolaires est fondamental :
    Jusqu’à l’enseignement secondaire, le filles réussissent mieux que les garçons mais cet avantage se perd au moment des orientations : dans l’enseignement supérieur, les filles s’engagent moins fréquemment que les garçons dans les filières les plus prestigieuses ; les garçons entrent plus facilement dans les filières scientifiques, technologiques et mathématiques ; les filles se voient plus souvent orientées vers les filières littéraires, économiques, sociales.
    Cela est renforcé par une vision sexuée de bien des métiers, que l’on retrouve dans les livres scolaires.
    Dans les classes préparatoires des grandes écoles, même si les garçons restent majoritaires, le nombre de fille est en augmentation constante (en 2005, 41,5% des élèves sont des filles) ; mais toujours avec cette surreprésentation des filles dans les prépas littéraires.

    2.      Dans le monde professionnel :
    Il règne une culture purement masculine de conquête du pouvoir et d’esprit de compétition, de recherche des honneurs, de signes ostentatoires de réussite (voiture …).
    En général les femmes ne se retrouvent pas dans ce modèle et leur investissement personnel se caractérise plutôt par une recherche d’équilibre entre vie personnelle et familiale, et vie professionnelle. L’investissement est donc plus mesuré, tend plus vers une recherche d’atteinte de résultats efficaces sans surinvestissement personnel ni besoin de se mettre particulièrement en avant.
    Cette façon d’être et d’agir plus mesurée a pu nuire aux femmes, qui, à compétences égales, apparaissent plus « ternes », moins valorisées personnellement. Mais tout cela n’est que jeu de l’apparence !

    Autre obstacle : chez les hommes, les entreprises ne tiennent jamais compte de la dimension familiale de leur personnalité ; pour les femmes, si, et l’idée la plus courante est que pour une femme il est difficile de concilier vie familiale, vie de mère, et vie professionnelle, surtout s’il y a des responsabilités à exercer.
    Du reste, lors des recrutements de femmes, on retrouve toujours les mêmes questions, même si certaines sont normalement interdites : où en êtes vous avec la question des enfants ? (si la femme n’en a pas mais est en âge d’en avoir), quel âges ont vos enfants ? Comptez vous vous marier ou bien êtes vous une vraie célibataire ?
    Du reste 41% des mères confirment que la maternité leur apparaît comme un frein à leur carrière.

    3.      La culture du présentéisme :
    Dans une culture où il faut être présent le plus longtemps possible sur son lieu de travail, on en vient à confondre présence et résultats, assiduité et disponibilité.
    Or les femmes, qui souvent assument une double journée : professionnelle puis familiale, n’ont pas de temps à perdre en présence « inutile ».
    Or une présence tardive est souvent considérée comme une preuve d’engagement, de fort investissement, sans prise en compte de l’efficience de cette présence.
    Les hommes étant plus disponibles en ce sens, ils apparaissent indûment plus impliqués et professionnels.

    Dans un registre assez proche, la mobilité (manque de mobilité) peut être un frein dans les carrières féminines.

    4.      Stratégies et modes de fonctionnement des femmes elles-mêmes.
    Une femme a plus de difficultés à « se vendre » qu’un homme. Ce manque d’assurance, cette plus grande difficulté à s’imposer va lui nuire pour parvenir à des postes de pouvoir (tant au niveau professionnel que politique).
    Les femmes préfèrent effectuer des activités qu’elles aiment plutôt qu’agir par ambition ou obtenir plus de pouvoir.
    Leurs réseaux sont moins développés, et il existe un déficit de modèles de références, de femmes emblématiques auxquelles se référer.
    Par ailleurs, une femme qui réussit n’est pas forcément considérée comme un modèle : soit elle a tout sacrifiée à sa réussite et est donc considérée comme un homme, comme ayant renoncé à sa féminité ; soit c’est une superwoman, exceptionnelle, inatteignable.

    Tous ces stéréotypes très forts se retrouvent forcément dans le monde politique ... 

     

    Pour sortir de ce ghetto ...

    Pour sortir de cette situation, les différentes lois promulguées luttant contre les discriminations et pour l’égalité hommes / femmes sont des leviers, mais on a vu que cela ne suffit pas.

     

    Pour atteindre une parité pleinement réalisée à tous les niveaux, il est indispensable de faire sauter les verrous que constituent dans nos esprits tous les a priori en terme de capacité intellectuelle ou physique, d’opposition entre vie de mère et activité professionnelle ou politique, de lutter contre ces automatismes d’orientation dès l’école des filles vers des domaines ou activités réputés plus « féminins ».

     

    Pour le Professeur Carcassonne, il ne faut pas seulement pénaliser les organisations politiques qui ne respectent pas la parité, il faudrait aussi récompenser celles qui l’appliquent et surtout obtiennent un fort taux d’élues.

     

    Bref, il reste encore beaucoup à faire, et seules notre volonté et notre ténacité, notre présence obstinée sur le terrain, notre solidarité  parviendront à nous faire atteindre le Graal de la parité !

     

     

    (Par Corinne Zannier, décembre 2007 pour Agora Vox et Esprit Libre)