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5/25/2007 le Grenelle de l'Environnement ! Quelle belle farce !!!! Fallait oser !!!!
Ben ... je sais pas pour vous mais moi je n'y crois pas du tout à cette belle promesse de mettre tout sur la table et de se mettre au boulot sur l'Environnement en octobre prochain ! Déjà pour commencer, Sarko a été pendant toute la campagne le cancre sur le sujet (cf Alliance pour la Planète) ... et la soudaine passion de Juppé pour la noble cause, j'ai des doutes , voire plus !!!! Pour pas vous rassurer, petit rappel des faits : il est pour le nucléaire et le projet EPR, il est contre le moratoire sur les OGM ce qui revient à dire qu'il est pour la culture en plein champ des OGM ; selon lui il faut continuer à construire des autoroutes ; bien sur il est pour le développement des cultures destinées à produire des agrocarburants, avec tout ce que cela sous-entend en terme de pollution par les intrans, l'utilisation d'une agriculture ultramécanisée, le gachis en terme d'eau, l'épuisement des sols par manque de politique d'assolement cohérente, voire le recours à des semences OGM ... Ses idées, ses propositions sur le bio, la lutte contre les pollutions des sols et de l'eau par les pesticides en tous genres largués depuis des années par une agriculture qui marche sur la tête, l'élevage et l'agriculture intensive ?? Ses propositions pour lutter contre l'exode rural, pour le maitien de petites exploitations agricoles de type familial, qui sont un bassin d'emploi, un ciment social, un avant-poste de protection environnementale ??? .... J'ai du louper un épisode parce que je ne trouve rien !!
Grenelle de l'environnement : restons prudents et vigilants
Par Véronique GALLAIS, Stéphen KERCKHOVE, François VEILLERETTE Libération / QUOTIDIEN : vendredi 25 mai 2007
Véronique GALLAIS présidente d'Action Consommation, Stéphen KERCKHOVE délégué général d'Agir pour l'environnement, François VEILLERETTE président du Mouvement pour le droit et le respect des générations futures.
La récente conversion du président de la République aux enjeux écologiques peut surprendre et nous interroger. Alors que la campagne électorale qui vient de se clore par l'élection de Nicolas Sarkozy n'avait pas fait apparaître l'attrait du nouveau chef de l'Etat pour ces questions essentielles à l'avenir de l'humanité, nous constatons qu'il y a aujourd'hui une véritable opportunité de sortir l'environnement des ornières de la marginalité.
Ni défiance ni allégeance. A quelques semaines d'élections législatives qui porteront une nouvelle majorité au pouvoir pour les cinq prochaines années, nous espérons que ce soudain intérêt affiché du nouveau président de la République ne soit pas exclusivement dicté par une volonté d'envoyer un signal médiatique au peuple de l'écologie. Jacques Chirac nous a habitués aux propos grandiloquents qui cachaient mal son inaction. Chat échaudé craignant l'eau froide, nous ne pouvons que nous méfier de l'intérêt réel ou supposé du nouveau locataire de l'Elysée. Sans récuser l'intérêt du futur Grenelle de l'environnement, n'aurait-il pas fallu temporiser et attendre quelques semaines, après les élections législatives, afin d'éviter l'écueil d'une instrumentalisation par trop facile à mettre en scène ? Avoir l'honneur d'être reçus par les plus hauts représentants de l'Etat est une chose, avoir le devoir de garder à l'esprit la responsabilité qui est la nôtre en est une autre. A cet égard, certaines ONG présentes auraient sans nul doute dû faire preuve d'un peu plus de retenue dans les satisfecit qu'elles ont décernés au nouveau converti de l'Elysée. En effet, si le dossier du réchauffement climatique est fortement mis en avant par Nicolas Sarkozy, beaucoup de sujets restent encore dans l'ombre, ou pire n'en sortent que pour laisser peu d'espoir de progrès. Il suffit de relire le programme de Nicolas Sarkozy, que celui-ci a promis d'appliquer à la lettre une fois élu, et qui lui a valu une note de 8,5/20 de la part de l'Alliance pour la planète. D'après ce programme, le dossier nucléaire ne semble pas devoir faire l'objet de négociations allant jusqu'à la remise en cause de l'EPR. Les OGM en plein champ ne bénéficieront pas d'un moratoire de principe. L'agriculture restera intensive et grosse consommatrice de pesticides. Les récentes déclarations d'Alain Juppé confirment que le rapport de force avec le lobby agro-industriel ne sera pas favorable à une évolution positive dans ce domaine, faute de volonté politique. Bref, le combat semble devoir être bien rude pour faire réellement adopter à ce nouveau gouvernement de véritables politiques de rupture sur les enjeux écologiques. Alors pourquoi, à quelques jours des élections législatives, faire un cadeau inouï à Nicolas Sarkozy, en offrant aux objectifs et aux micros des médias une impression d'unanimité et de satisfaction excessive à la sortie de cette première réunion sur l'environnement ? Maître manipulateur des médias et de son image, Nicolas Sarkozy n'en demandait pas tant. Certaines ONG présentes à l'Elysée ont pris garde d'attirer l'attention sur le peu de perspectives de progrès à attendre de ce gouvernement dans certains dossiers majeurs. Notre crédibilité, notre indépendance et, in fine, notre efficacité dépendent aussi de notre capacité à maîtriser nos réactions et notre communication. Le nouveau pouvoir en place nous a montré que cette maîtrise était une clef essentielle du succès.
Le Grenelle de l'environnement n'est qu'un leurre. Une caution pour relancer le nucléaire
Par Stéphane LHOMME QUOTIDIEN : vendredi 25 mai 2007 Stéphane Lhomme du réseau Sortir du nucléaire. Alain Juppé a largement expliqué, dès sa prise de fonction, qu'il était hors de question de remettre en cause les projets de l'industrie nucléaire et qu'il fallait même construire de nouveaux réacteurs. Ce n'est donc pas par hasard que le réseau Sortir du nucléaire a été exclu de ces discussions en vue d'un «Grenelle de l'environnement» à l'automne prochain, alors qu'il regroupe 776 associations et qu'il a rassemblé 60 000 manifestants le 17 mars contre le projet de construction du réacteur nucléaire EPR. Rappelons que le décret autorisant EDF à construire ce réacteur à Flamanville (Manche) a été pris par le gouvernement Villepin quelques jours à peine avant l'élection présidentielle. Il s'agit là de méthodes que l'on croyait oubliées. Pour autant, il n'est pas possible pour le nouveau gouvernement de se retrancher derrière la nécessité de respecter une décision déjà prise : avant son élection, Nicolas Sarkozy a assez parlé de «rupture» pour ne pas être engagé par ce décret. Hélas, lors de la rencontre à l'Elysée, Alain Juppé a indiqué que, d'ici au mois d'octobre, le gouvernement ne prendrait pas de décisions «lourdes» contraires aux requêtes des associations... mais que cet engagement ne concernait pas le réacteur EPR. Le «Grenelle de l'environnement» va donc se dérouler avec un préalable imposé : la décision de construire ce réacteur nucléaire. Des représentants d'associations ont pourtant affirmé, en sortant de cette rencontre, qu'elle était «historique», ou «très rassurante». Certains ont même prétendu qu'il y avait une satisfaction «unanime» chez les associations écologistes. Il apparaît au contraire que le «Grenelle de l'environnement» n'est qu'une caution pour relancer le nucléaire, lequel est pourtant, faut-il le rappeler, une calamité pour l'environnement... et pour la démocratie. 5/22/2007 Toxicité du ROUNDUP de chez MONSANTO avéréeUne nouvelle étude souligne la toxicité du Roundup
Pas besoin de présenter le Roundup. C’est le désherbant le plus utilisé au monde. Loin pourtant de l’innocuité et de son caractère soit disant respectueux de l’environnement présentés dans ses publicités, le produit phare de la sulfureuse multinationale Monsanto est une nouvelle fois mis en cause dans une étude scientifique de l’université de Caen. L’herbicide est accusé d’avoir des effets toxiques sur les cellules embryonnaires et les tissus placentaires humains, ainsi que d’agir comme un perturbateur endocrinien.
La France est l’un des pays les plus consommateurs de produits phytosanitaires au monde. Il aura fallu quelques décennies pour que se fasse jour une vérité évidente. Ces produits sont toxiques et menacent l’environnement. Une vérité très éloignée de la banalisation de leur utilisation entrée dans les crânes à coup de publicités reconnues par la justice comme mensongères. Rappelons à cet effet, le jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 26 janvier 2007 qui a condamné, deux responsables des sociétés MONSANTO et SCOTTS France (le distributeur), pour publicité mensongère sur les pesticides de la marque commerciale “Round Up”. Les deux sociétés ont été condamnées à verser des dommages et intérêts (15 000 €) aux deux associations, Eau & Rivières de Bretagne et la CLCV, qui s’étaient constituées partie civile. L’aventure judiciaire n’est pourtant pas finie. Les deux sociétés et leurs deux dirigeants ont fait appel de cette condamnation. Depuis les années 90, il est avéré que le glyphosate a des effets graves sur la photosynthèse des algues (F.A Anton, M. Ariz, The Science of the total environment Supplement 1993) mais aussi sur le comportement des truites et que la molécule peut affecter des animaux domestiques et certains mammifères. Dans ce contexte, il paraissait difficile de croire à une innocuité sur l’homme.
En mars 2002, L’American Chemical Society a publié, les résultats de l’équipe “Cycle cellulaire et Developpement” du CNRS de Roscoff qui mettait en cause le rôle du glyphosate dans la dérégulation de l’activité cellulaire et donc le risque de cancer chez l’homme. Selon l’étude publiée le 4 mai 2007, réalisée par l’équipe du professeur Gilles-Eric Séralini de l’Université de Caen, membre du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), “On observe les premiers effets toxiques à des doses 10 000 fois moins concentrées que la formulation vendue en magasin.” Ces effets augmentent au fil du temps. Le Roundup est, en outre, plus toxique que son principe actif (le glyphosate) alors que la majorité des tests avant homologation sont conduits sur cette seule molécule, dénonce le scientifique. Ces conclusions sont le fruit d’une comparaison des effets déjà observés sur les cellules provenant de placenta à ceux susceptibles de se manifester sur des cellules d’embryon.
Gilles-Eric Séralini, membre depuis des années de la Commission du génie biomoléculaire (CGB) française, chargée d’instruire les dossiers de demande d’essais en champ, puis de commercialisation des OGM, ne cessait de réclamer des études plus poussées sur les impacts du Roundup. Cet éminent biochimiste considère en effet, que le Roundup est devenu un produit alimentaire depuis qu’on l’utilise sur les OGM, capables de l’absorber sans succomber. L’épandage de Roundup est ainsi utilisé pour détecter la présence d’OGM dans une culture. Seules les OGM survivent… 5/16/2007 Agricarburants : une fausse bonne idée pour l'Environnement
Avec Windows Live Spaces, publiez directement des messages électroniques sur votre blog ou ajoutez-y des photos, des blagues et d'autres infos. C'est gratuit ! Réchauffement climatique : plus que 5 ans pour changer !Cinq ans pour changer le monde
REUTERS/Michaela Rehle ¦ Ours polaire «Nous disposons d'une petite fenêtre de temps dans les cinq prochaines années pendant laquelle nous pouvons planter les graines du changement. Nous ne pouvons pas nous permettre de la gaspiller», a affirmé James Leape, directeur général du WWF. WWF affirme également qu’un retard de ces décisions exposerait la planète à un réchauffement dans un demi-siècle ou obligerait à prendre des mesures plus dures et plus coûteuses qui pourraient handicaper l'économie mondiale. Le rapport propose six solutions phares, y compris une meilleure utilisation de l'énergie, l'arrêt de la déforestation, un développement accéléré des technologies produisant de faibles émissions, comme l'énergie éolienne ou solaire, et le stockage de l'énergie, en remplaçant des centrales électriques fonctionnant au charbon par du gaz et du carbone conservé. Ces méthodes permettraient de réduire les émissions de dioxyde de carbone de 60 à 80% d'ici 2050 si elles sont employées à temps. Le rapport ne mentionne pas les coûts économiques ou les politiques utiles à réaliser ces changements. Un rapport publié cette année par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec) souligne que les efforts pour stabiliser le niveau des gaz à effet de serre dans les 20 ou 30 prochaines années seront cruciaux pour lutter contre le réchauffement climatique.
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Le scénario énergétique du WWF pour 2050 : tout sauf de la science-fiction Le 15 Mai 2007, Une étude du WWF, présentée aujourd’hui à Genève lors d’une conférence de presse, montre que nous avons suffisamment de sources d’énergie et de technologies durables pour endiguer le réchauffement climatique. Mais, il faut pour cela prendre des décisions clés dès les cinq prochaines années. Le rapport « Vision énergétique du WWF pour 2050 »* répond à la question : Est-il techniquement possible de satisfaire les besoins mondiaux en services énergétiques sans détruire le climat ? 25 solutions énergétiques ou technologiques, déjà disponibles, ont été notées selon des critères écologiques, économiques et d’acceptabilité sociale. Le WWF a intégré les meilleures dans un modèle pour en évaluer le potentiel de développement technologique Il apparaît qu’il est possible de répondre aux besoins grandissants de l’humanité avec des technologies d’économie d’énergie et des sources véritablement écologiques. Celles-ci permettraient de réduire les émissions de CO2 de 60 à 80 % d’ici 2050 et donc de limiter le réchauffement de la planète à moins de 2°C. D’ici 2050, selon le scénario du WWF, les technologies d’efficacité énergétique pourraient permettre une économie de 40% de production énergétique, les énergies renouvelables contribuer à hauteur de 43% aux besoins et les énergies fossiles représenteraient les 17% restant à condition que le CO2 soit capté et neutralisé. Pour que ce modèle devienne réalité, une profonde réforme du système énergétique mondial est indispensable et les mesures clés doivent être prises dans les 5 prochaines années. Cinq conditions sont incontournables selon le WWF : -Accroître l’efficacité énergétique pour rendre davantage de services tout en stabilisant la consommation mondiale d’énergie dès 2015. -Stopper la déforestation, source d’importants rejets de CO2. -Accélérer le développement des énergies renouvelables les plus durables. -Privilégier de manière transitoire le gaz naturel plutôt que le pétrole et le charbon. -Empêcher la construction de nouvelles centrales à charbon si elles ne neutralisent pas leurs émissions. “Cette feuille de route est ambitieuse, mais c’est la seule qui nous garantisse un avenir sûr et durable. Puisque les cinq prochaines années sont déterminantes selon notre étude, nous attendons du Président de la République française et de notre gouvernement une réelle prise en compte de nos orientations » indique Serge Orru, Directeur Général du WWF-France
Soyez parmi les premiers à essayer Windows Live Mail. Windows Live Mail. 5/15/2007 Nouvelles KOKOPELLI et Liberterre
Exprimez-vous en direct avec Windows Live Messenger ! Windows Live Messenger ! Le Monde du 12/05/07 et du 08/05/07 : résultat de l'élection présidentielle vue par les journalistes
Avec Windows Live Spaces, publiez directement des messages électroniques sur votre blog ou ajoutez-y des photos, des blagues et d'autres infos. C'est gratuit ! 5/7/2007 Réaction de Benoît Hamon (NPS) à la défaite de la candidature PS«Maintenant, il faut mettre de la clarté dans tout ça»
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Jean Ayissi AFP/Archives ¦ Benoît Hamon, l'un des dirigeants du Nouveau Parti socialiste (NPS), a souhaité mardi que François Hollande soit candidat à l'investiture du parti pour la présidentielle, car le premier secrétaire est "le seul qui a les cartes en main pour rassembler" les socialistes. Quel est votre sentiment à la lecture des résultats? On ne s’attendait pas à une défaite aussi nette. C’est une grosse déception, surtout si on se retourne sur le scénario «successful» qui aurait dû être le notre. Victoire aux régionales, mouvements sociaux d’importance, crises gouvernementales, CPE… Si on ajoute Le Pen et Bayrou pour troubler le jeu, on aurait quand même dû être favori. Mais on s’est heurté aux conséquences, qu’on a peut-être sous-estimées, d’un travail très ancien de la droite sur la société française. Un combat gagné sur la dialectique, qui a imposé des définitions au peuple sur des mots tels que mérite, travail, sécurité, immigration, et qui a rendu nos réponses infructueuses. Quel avenir désormais pour le PS? Il faut nous inscrire dans la construction d’un grand parti de gauche avec une base électorale à 30/35%. La tâche qui est la nôtre, c’est de ne pas tomber dans l’euphorie des 47%, ni dans la déprime post-47%. Pour cela, on doit s’adresser à ceux qui font vivre la gauche, du PCF à la LCR en passant par les Verts. Il nous faut mettre de la clarté dans tout ça, dans nos débats et relancer les bases d’un grand projet de gauche. Que pensez-vous de l’attitude de Ségolène Royal et de son discours d’après-résultat, à l’opposé de Jospin en 2002. Jospin avait permis une chose en se retirant: il réglait de fait la question de la responsabilité de la défaite. Là, on doit se poser la question du diagnostic et se demander qu’est-ce qui justifie la défaite? On ne peut pas demander à Ségolène Royal de sortir de la campagne dès ce soir, mais le Premier secrétaire va devoir prendre ses responsabilités et rebondir tous ensemble, collectivement. Il faut se faire à l’idée que le parti pour lequel on militait n’existe plus. Quelle stratégie adopter pour les législatives? Il faut défendre l’idée que les Français doivent donner des contre-pouvoirs puissants pour éviter que Sarkozy puisse tomber dans les excès que l’on redoute. Sincèrement, on ne va pas chercher la grande révolution démocratique en cinq semaines. J’espère qu’il n’y aura pas de confusion avec un éventuel renversement d’alliance. L’ouverture au centre ne vous semble pas crédible? Si on avait gagné, on pouvait se poser la question. Dès lors qu’on a paumé… Franchement, si nos candidats doivent se traîner un débat sur les alliances avec l’UDF durant toute la campagne, on ne s’en sortira pas. Je n’imagine pas DSK vouloir faire émerger un centre fort, car il sait comme moi que le parti de Bayrou n’a comme seul objectif d’être présent au second tour en 2012 face à Sarkozy. On va quand même pas lui donner un coup de pouce pour ça… Propos recueillis par Stéphane ALLIES
Rebond : appel pour une nouvelle alliance ...Un appel pour une nouvelle alliance des Verts, du PS et du nouveau centre, qui ne pourra trouver un espace politique qu'en se tournant vers sa gauche.
Non, tout n'est pas perdu
Par Daniel COHN-BENDIT, Gabriel COHN-BENDIT, Jean-Yves LE DRIAN, Jean-Pierre MIGNARD, Joël ROMAN
QUOTIDIEN : lundi 7 mai 2007
Daniel et GABRIEL Cohn-Bendit, JEAN-YVEs le DRIAN président PS de la région Bretagne, Jean-Pierre Mignard avocat, Joël Roman éditeur, Christiane Taubira députée PRG.
Aujourd'hui, nous sommes tristes, mais nous ne nous laisserons pas aller à maudire le peuple français, ni à souhaiter le pire pour notre pays. Un immense espoir vient d'être déçu. Nous respectons le verdict du suffrage universel et nous espérons que l'ivresse de la victoire ne conduira pas le vainqueur à mettre en oeuvre une politique de brutalisation de la société. Mais nous sommes aussi conscients que personne ne peut s'exonérer de la défaite de Ségolène Royal et prendre la candidate comme bouc émissaire de ses propres insuffisances. Sans doute des erreurs ont été commises. Mais la timidité gauchiste envers la perspective du gouvernement, la rigidité et la suffisance socialiste, la pusillanimité du centre sont les principales causes politiques de cette situation. Les premiers ont entretenu la suspicion sur la candidate socialiste. Les seconds, en s'accrochant à un projet socialiste davantage fait pour reconstituer l'unité du parti que pour offrir à leurs compatriotes un projet social-démocrate crédible, ont rendu impossible l'ouverture exigée. Les derniers enfin, en refusant d'appeler clairement à une alliance avec la gauche, ont sapé les bases de la nouvelle orientation politique qu'ils disaient vouloir construire. Malgré ces obstacles, Ségolène Royal a su incarner un espoir collectif immense. Aussi est-elle la mieux qualifiée pour poursuivre la construction de ce rassemblement nouveau qui devra s'affranchir des limites constatées durant la campagne présidentielle. Ce qui s'est esquissé à chaud, avec des atermoiements et à demi-mot dans la campagne d'entre deux tours de Ségolène Royal, doit être désormais repris, travaillé, prolongé et assumé. Les Verts doivent sortir de leur culture d'isolement et de leur paralysie interne, pour comprendre que les enjeux qu'ils portent sont compris bien au-delà de leur cercle et perçus comme cruciaux par une majorité de la population. La gauche antilibérale doit sortir de l'impasse dans laquelle l'a conduite tout refus pratique de gouverner. Le Parti socialiste doit poursuivre la mutation désormais entamée et assumer clairement l'option sociale-démocrate qu'il a su esquisser durant cette campagne : accepter une mondialisation contrôlée qui puisse devenir, à l'instar de nos partenaires européens, une opportunité et pas seulement une menace. Le centre doit rompre son alliance historique avec la droite, qui l'a trop souvent conduit à oublier qu'il était porteur d'un message de cohésion sociale et de vitalité démocratique. Si le nouveau parti de François Bayrou refuse d'être une UDF vassalisée par Nicolas Sarkozy, il ne peut avoir d'espace politique qu'au sein d'une nouvelle alliance avec une gauche elle-même rénovée.
Cette nouvelle alliance doit proposer un projet politique commun, fondé sur la perspective d'une société pacifiée, et non celle d'une société divisée ; celle d'un engagement européen renouvelé et ouvert, et non d'une concession faite du bout des lèvres à des partenaires qu'on méprise ; celle d'une société qui assume le marché et le libre-échange, mais qui n'y réduit pas la totalité des rapports sociaux ; bref, une société qui regarde l'avenir avec confiance, et non une société qui prône la méfiance de chacun envers ses voisins.
Le débat politique de cette élection présidentielle a esquissé de telles convergences : sur la réduction nécessaire de la dette publique, sur l'efficacité de services publics renouvelés, sur le soutien aux plus démunis, sur la prise en compte résolue des menaces qui pèsent sur la planète et sur notre développement (énergie, réchauffement climatique, eau), sur l'idée d'une sécurisation des itinéraires des travailleurs conciliable avec la mobilité qu'ils peuvent souhaiter et qui est nécessaire aux entreprises, sur une perspective de croissance fondée sur l'investissement dans la formation, la recherche et l'économie de la connaissance, sur la définition d'une société ouverte et solidaire, et donc sur des valeurs qui rassemblent, qui réunissent, et qui pacifient.
Le Parti socialiste a besoin d'alliés, non de vassaux auxquels il concède quelques circonscriptions pour entretenir l'illusion du pluralisme, tandis que ceux-ci tiennent un double langage en étant parfois tentés de confondre autonomie et irresponsabilité. La France a besoin d'une nouvelle coalition analogue à la coalition italienne de l'Olivier, où chacun trouve sa place. Pour cela il faut rompre avec le couperet majoritaire, véritable laminoir de la diversité politique du pays. Certes, le scrutin majoritaire est nécessaire pour obtenir des majorités stables : mais la maturité démocratique exige qu'une part significative de proportionnelle soit instaurée pour que toutes les formations politiques significatives soient représentées au Parlement, même celles qui ne nous plaisent pas leur inscription dans le jeu politique et leur confrontation aux véritables enjeux de la société est aussi à ce prix.
Dans l'immédiat, des accords de désistement ou, parfois, des circonscriptions réservées doivent permettre de sceller cette alliance. Les élections législatives peuvent être l'occasion d'une nouvelle mobilisation collective, pourquoi pas victorieuse, au moins capable de constituer une opposition forte.
Ne laissons pas perdre les acquis de cette campagne présidentielle, ne laissons pas perdre l'élan qu'a su insuffler à cette campagne Ségolène Royal, et le renouveau qu'elle incarne, ne nous laissons pas gagner par le découragement, regagnons l'espoir.
... Et puis nous avons perdu une bataille, pas la guerre !! Et nous devons dès à présent nous mettre en ordre de marche pour gagner les législatives, puis les municipales à venir !
Pas de temps à perdre dans les atermoiements et règlements de compte, nous avons du pain sur la planche !
Alors haut les coeurs Camarades ! 5/2/2007 Michel Onfray raconte sa rencontre avec SarkoMichel Onfray raconte sa rencontre avec Nicolas Sarkozy Le philosophe Michel Onfray a rencontré Nicolas Sarkozy pour un article publié en mars dans le mensuel Philosophie Magazine. Il raconte comment s'est passé son entretien : "La revue Philosophie magazine m'a demandé si, sur le principe, j'acceptais de rencontrer l'un des candidats à la présidentielles pour le questionner sur son programme culturel, son rapport aux choses de l'esprit ou sa relation à la philosophie. Dans la foulée de mon consentement, la rédaction m'a rappelé en me demandant si j'avais une objection contre Nicolas Sarkozy. Pas plus avec lui qu'avec un autre, j'aurais même consenti à Jean-Marie Le Pen tant l'approche de l'un de ces animaux politiques m'intéressait comme on visite un zoo ou un musée des horreurs dans une faculté de médecine. Ce fut donc Nicolas Sarkozy. Il me paraît assez probable que son temps passé - donc perdu...- avec Doc Gynéco ou Johnny Hallyday le dispensait de connaître un peu mon travail, même de loin. Je comptais sur la fiche des renseignements généraux et les notes de collaborateurs. De fait , les porte splumes avaient fait au plus rapide : en l'occurrence la copie de mon blog consacrée à son auguste personne. Pour mémoire, son titre était : Les habits de grand- mère Sarkozy - j'y montrais combien le candidat officiel drapait ses poils de loup dans une capeline républicaine bien inédite... Je me trouvais donc dans l'antichambre du bureau de la fameuse grand mère Sarkozy, place Beauvau, en compagnie de deux compères de la rédaction de la revue et d'un photographe qui n'en revenaient pas de se retrouver dans cette géographie de tous les coups fourrés de la République. Epicentre de la stratégie et de la tactique politique policière, espace du cynisme en acte, officine du machiavélisme en or d'Etat, et portraits des figures disciplinaires de l'histoire de France représentées en médaillons d'austères sinistres. Arrivée du Ministre de l'intérieur avec un quart d'heure d'avance, il est 17h00 ce mardi 20 février. Début houleux. Agressivité de sa part. Il tourne dans la cage, regarde, jauge, juge, apprécie la situation. Grand fauve blessé, il a lu mes pages de blog et me toise - bien qu'assis dans un fauteuil près de la cheminée. Il a les jambes croisées, l'une d'entre elles est animée d'un incessant mouvement de nervosité, le pied n'arrête pas de bouger. Il tient un cigare fin et long, étrange module assez féminin. Chemise ouverte, pas de cravate, bijoux en or, bracelet d'adolescent au poignet, cadeau de son fils probablement. Plus il en rajoute dans la nervosité, plus j'exhibe mon calme. Premier coup de patte, toutes griffes dehors, puis deuxième, troisième, il n'arrête plus, se lâche, agresse, tape, cogne, parle tout seul, débit impossible à contenir ou à canaliser. Une, deux, dix, vingt phrases autistes. Le directeur de cabinet et le porte-plume regardent et écoutent, impassibles. On les imagine capables d'assister à un interrogatoire musclé arborant le même masque, celui des gens de pouvoir qui observent comment on meurt en direct et ne bronchent pas. Le spectacle des combats de gladiateurs. Je sens l'air glacial que transportent avec eux ceux qui, d'un geste du pouce, tuent ou épargnent. Poursuite du monologue. Logorrhée interminable. Vacheries lancées comme le jet de fiel d'une bile malade ou comme un venin pulsé par le projet du meurtre. Hâbleur, provocateur, sûr de lui en excitant l'adversaire à se battre, il affirme en substance : « Alors, on vient voir le grand démagogue alors qu'on n'est rien du tout et, en plus, on vient se jeter dans la gueule du loup... » ! Je fais une phrase. Elle est pulvérisée, détruite, cassée, interdite, morcelée : encore du cynisme sans élégance, toujours des phrases dont on sent qu'il les souhaiterait plus dangereuses, plus mortelles sans parvenir à trouver le coup fatal. La haine ne trouve pas d'autre chemin que dans cette série d'aveux de blessure. J'avance une autre phrase. Même traitement, flots de verbes, flux de mots, jets d'acides. Une troisième. Idem. Je commence à trouver la crise un peu longue. De toute façon démesurée, disproportionnée. Si l'on veut être Président de la République, si l'on s'y prépare depuis le berceau, si l'on souhaite présider les destinées d'un pays deux fois millénaires et jouer dans la cour des grands fauves de la planète, si l'on se prépare à disposer du feu nucléaire, si l'on s'expose depuis des années en s'invitant tous les jours dans les informations de toutes les presses, écrites, parlées, photographiées, numérisées, si l'on mène sa vie publique comme une vie privée, et vice versa, si l'on aspire à devenir le chef des armées, si l'on doit un jour garantir l'Etat, la Nation, la République, la Constitution, si, si, si, alors comment peut on réagir comme un animal blessé à mort, comme une bête souffrante, alors qu'on a juste à reprocher à son interlocuteur un blog confidentiel peu amène , certes, mais inoffensif ? Car je n'ai contre moi, pour justifier ce traitement disproportionné , que d'avoir signalé dans une poignée de feuillets sur un blog , que le candidat aux présidentielles me semblait très récemment et fort fraîchement converti à De Gaulle, au gaullisme, à la Nation, à la République, que ses citations de Jaurès et Blum apparaissaient fort opportunément dans un trajet d'une trentaine d'années au cours desquelles ces grands noms étaient introuvables dans ses interventions , questions qui, au demeurant, rendaient possible un débat, et que c'était d'ailleurs pour ces raisons que nous étions là, Alexandre Lacroix, Nicolas Truong et moi.... Cette colère ne fut stoppée que par l'incidence d'une sonnerie de téléphone portable qui le fit s'éloigner dans la pièce d'à côté. Tout en se déplaçant, il répondait avec une voix douce, tendre, très affectueuse, avec des mots doux destinés très probablement à l'un de ses enfants. Le fauve déchaîné tout seul devenait un félin de salon ronronnant de manière domestique. En l'absence du ministre, je m'ouvre à mes deux comparses en présence des deux siens et leur dit que je ne suis pas venu pour ce genre de happening hystérique et que j'envisage de quitter la place séance tenante... J'étais venu en adversaire politique, certes, la chose me paraissait entendue, et d'ailleurs plutôt publique, mais ceci n'excluait pas un débat sur le fond que je souhaitais et que j'avais préparé en apportant quatre livres enveloppés dans du papier cadeau ! Quiconque a lu Marcel Mauss sait qu'un don contraint à un contre don et j'attendais quelque chose d'inédit dans ce potlatch de primitifs post-modernes ... Vaguement liquéfié, et sibyllin, le tandem de l'équipe de Philosophie magazine voyant leur scoop s'évaporer dans les vapeurs du bureau propose, dès le retour du Ministre, que nous passions à autre chose et que j'offre mes cadeaux... Je refuse en disant que les conditions ne sont pas réunies pour ce genre de geste et que, dans tous les sens du terme, il ne s'agit plus de se faire de cadeaux. « Passons alors à des questions ? A un débat ? Essayons d'échanger ? » tentent Alexandre Lacroix et Nicolas Truong. Essais, ébauche. En tiers bien à la peine, ils reprennent leurs feuilles et lancent deux ou trois sujets. La vitesse de la violence du ministre est moindre, certes, mais le registre demeure : colère froide en lieu et place de la colère incandescente, mais colère tout de même. Sur de Gaulle et le gaullisme récent, sur la Nation et la République en vedettes américaines - disons le comme ça...- de son discours d'investiture, sur la confiscation des grands noms de gauche, sur l'Atlantisme ancien du candidat et son incompatibilité avec la doctrine gaullienne, le débat ne prend pas plus . Il m'interpelle : « quelle est ma légitimité pour poser de pareilles questions ? Quels sont mes brevets de gaullisme à moi qui parle de la sorte ? Quelle arrogance me permet de croire que Guy Môquet appartient plus à la gauche qu'à la France ? ». Donc à lui... Pas d'échanges, mais une machine performante à récuser les questions pour éviter la franche confrontation. Cet homme prend toute opposition de doctrine pour une récusation de sa personne. Je pressens que, de fait, la clé du personnage pourrait bien être dans l'affirmation d'autant plus massive de sa subjectivité qu'elle est fragile, incertaine, à conquérir encore. La force affichée masque mal la faiblesse viscérale et vécue. Aux sommets de la République, autrement dit dans la cage des grands fauves politiques, on ne trouve semble-t-il qu'impuissants sur eux-mêmes et qui, pour cette même raison, aspirent à la puissance sur les autres. Je me sens soudain Sénèque assis dans le salon de Néron... Habilement, les deux compères tâchent de reprendre le cours des choses, d'accéder un peu aux commandes de ce débat qui n'a pas eu lieu et qui, pour l'instant, leur échappe totalement. De fait, l'ensemble de cette première demi-heure se réduisait à la théâtralisation hystérique d'un être perdu corps et âme dans une danse de mort autour d'une victime émissaire qui assiste à la scène pendant que, de part et d'autre des deux camps, deux fois deux hommes assistent, impuissants, à cette scène primitive du chef de horde possédé par les esprits de la guerre. Grand moment de transe chamanique dans le bureau d'un Ministre de l'intérieur aspirant aux fonctions suprêmes de la République ! Odeurs de sang et de remugles primitifs, traces de bile et de fiel, le sol ressemble à la terre battue jonchées d'immondices après une cérémonie vaudoue... Tout bascule quand nous entamons une discussion sur la responsabilité, donc la liberté, donc la culpabilité, donc les fondements de la logique disciplinaire : la sienne . Nicolas Sarkozy parle d'une visite faite à la prison des femmes de Rennes. Nous avons laissé la politique derrière nous. Dès lors, il ne sera plus le même homme. Devenant homme, justement, autrement dit débarrassé des oripeaux de son métier, il fait le geste d'un poing serré porté à son côté droit du ventre et parle du mal comme d'une chose visible, dans le corps, dans la chair, dans les viscères de l'être. Je crois comprendre qu'il pense que le mal existe comme une entité séparée, claire, métaphysique, objectivable, à la manière d'une tumeur, sans aucune relation avec le social, la société, la politique, les conditions historiques. Je le questionne pour vérifier mon intuition : de fait, il pense que nous naissons bons ou mauvais et que, quoi qu'il arrive, quoi qu'on fasse, tout est déjà réglé par la nature. A ce moment, je perçois là la métaphysique de droite, la pensée de droite, l'ontologie de droite : l'existence d'idées pures sans relations avec le monde. Le Mal, le Bien, les Bons, les Méchants, et l'on peut ainsi continuer : les Courageux, les Fainéants, les Travailleurs, les Assistés, un genre de théâtre sur lequel chacun joue son rôle, écrit bien en amont par un Destin qui organise tout. Un Destin ou Dieu si l'on veut. Ainsi le Gendarme, le Policier, le Juge, le Soldat, le Militaire et, en face, le Criminel, le Délinquant, le Contrevenant, l'Ennemi. Logique de guerre qui interdit toute paix possible un jour. Dès lors, ne cherchons pas plus loin, chacun doit faire ce pour quoi il a été destiné : le Ministre de l'Intérieur effectue son travail, le Violeur le sien, et il en va d'une répartition providentielle (au sens théologique du terme) de ces rôles. Où l'on voit comment la pensée de droite s'articule à merveille avec l'outillage métaphysique chrétien : la faute, la pureté, le péché, la grâce, la culpabilité, la moralité, les bons, les méchants, le bien, le mal, la punition, la réparation, la damnation, la rédemption, l'enfer, le paradis, la prison, la légion d'honneur, etc. J'avance l'idée inverse : on ne choisit pas, d'ailleurs on a peu le choix, car les déterminismes sont puissants, divers, multiples. On ne naît pas ce que l'on est, on le devient. Il rechigne et refuse. Et les déterminismes biologiques, psychiques, politiques, économiques, historiques, géographiques ? Rien n'y fait. Il affirme : « J'inclinerais pour ma part à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie-là. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense ». « Génétiquement » : une position intellectuelle tellement répandue outre-Atlantique ! La génétique, l'inné, contre le social et l'acquis ! Les vieilles lignes de partage entre l'individu responsable de tout, la société de rien qui caractérise la droite, ou la société coupable de tout, l'individu de rien, qui constitue la scie musicale de la gauche ... Laissons de côté la théorie. Je passe à l'exemple pour mieux tâcher de montrer que le tout génétique est une impasse autant que le tout social. Face à cet aveu de lieu commun intellectuel, je retrouve naturellement les techniques socratiques du lycée pour interpeller, inquiéter et arrêter l'esprit, capter l'attention de mon interlocuteur qui, de fait, semble réellement désireux d'avancer sur ce sujet. J'argumente : Lui dont chacun sait l'hétérosexualité - elle fut amplement montrée sur papier couché, sinon couchée sur papier montré...-, a-t-il eu le choix un jour entre son mode de sexualité et un autre ? Se souvient-il du moment où il a essayé l'homosexualité, la pédophilie, la zoophilie, la nécrophilie afin de décider ce qui lui convenait le mieux et d'opter, finalement, et en connaissance de cause, pour l'hétérosexualité ? Non bien sûr. Car la forme prise par sa sexualité est affaire non pas de choix ou de génétique, mais de genèse existentielle. Si nous avions le choix, aucun pédophile ne choisirait de l'être... L'argument le stoppe. Il me semble qu'à partir de ce moment, le candidat aux présidentielles, le ministre de l'intérieur, l'animal politique haut de gamme laisse le pas à l'homme, fragile, inquiet, ostensiblement hâbleur devant les intellectuels, écartant d'un geste qui peut être méprisant le propos qui en appelle aux choses de l'esprit, à la philosophie, mais finalement trop fragile pour s'accorder le luxe d'une introspection ou se mettre à la tâche socratique sans craindre de trouver dans cette boîte noire l'effroyable cadavre de son enfance. Dans la conversation, il confie qu'il n'a jamais rien entendu d'aussi absurde que la phrase de Socrate « Connais-toi toi-même ». Cet aveu me glace - pour lui. Et pour ce qu'il dit ainsi de lui en affirmant pareille chose. Cet homme tient donc pour vain, nul, impossible la connaissance de soi ? Autrement dit, cet aspirant à la conduite des destinées de la nation française croit qu'un savoir sur soi est une entreprise vaine ? Je tremble à l'idée que, de fait, les fragilités psychiques au plus haut sommet de l'Etat, puissent gouverner celui qui règne ! Lors de sa parution, j'avais lu Le pouvoir et la vie de Valéry Giscard d'Estaing qui racontait ses crises d'angoisse, ses inhibitions le paralysant dans son véhicule militaire de parade le 14 juillet sur les Champs Elysées, ses prétextes pour quitter le conseil des ministres afin de subir une injection de calmant, son désir de se faire psychanalyser (par Lacan !) pendant son septennat, etc. Je me souvenais de confidences faites par tel ami bien informé sur l'état psychique fort peu reluisant de Jacques Chirac après la dissolution et sur le type de traitement psy qu'il suivait à cette époque. Je me rappelais la fin d'un François Mitterrand , entre voyantes et reliques de sainte Thérèse, invocations des forces de l' esprit , croyance en l' au-delà et abandon aux médecines de perlimpinpin. Et je voyais là, dans le regard devenu calme du fauve épuisé par sa violence, un vide d'homme perdu qui, hors politique, se défie des questions car il redoute les réponses, et qui, dès qu'il sort de son savoir faire politicien, craint les interrogations existentielles et philosophiques car il appréhende ce qu'elles pourraient lui découvrir de lui qui court tout le temps pour n'avoir pas à s'arrêter sur lui-même. Les soixante minutes techniquement consenties s'étaient allongées d'une trentaine d'autres. Les deux rôles en costumes qui le flanquaient jouaient le sablier. Je trouvais l'heure venue pour offrir mes cadeaux. Au ministre de l'intérieur adepte des solutions disciplinaires : Surveiller et punir de Michel Foucault ; au catholique qui confesse que, de temps en temps, la messe en famille l'apaise : L'Antéchrist de Nietzsche ; pour le meurtre du père, le chef de la horde primitive : Totem et tabou de Freud ; pour le libéral qui écrit que l'antilibéralisme c'est « l'autre nom du communisme » (il dit n'avoir pas dit ça, je sors mes notes et précise le livre, la page...) : Qu'est-ce que la propriété ? de Proudhon. Comme un enfant un soir de Noël, il déchire avidement. Il ajoute : « j'aime bien les cadeaux ». Puis : « Mais je vais donc être obligé de vous en faire alors ? »... Comme prévu. Dans l'entrebâillement de la porte de son bureau, la tension est tombée. Qui prend l'initiative de dire que la rencontre se termine mieux qu'elle n'a commencé ? Je ne sais plus. Il commente : « Normal, on est deux bêtes chacun dans notre genre, non ? Il faut que ça se renifle des bêtes comme ça...». Je suis sidéré du registre : l'animalité, l'olfaction, l'odorat. Le degré zéro de l'humanité donc. Je le plains plus encore. Je conçois que Socrate le plongerait dans des abîmes dont il ne reviendrait pas... Du moins : dont l'homme politique ne reviendrait pas. Ou, disons le autrement : dont l'homme politique reviendrait, certes, mais en ayant laissé derrière lui sa défroque politique pour devenir enfin un homme. Alors que ses cerbères le prennent presque par la manche, il manifeste le désir de continuer cette conversation, pour le plaisir du débat et de l'échange, afin d'aller plus loin. Tout de go, il me propose de l'accompagner, sans journalistes - il fait un mouvement de bras dans la direction des comparses de Philosophie magazine comme pour signifier leur congé dans un geste qui trahit ce qu'il pense probablement de toute la corporation... Je refuse. Une autre fois ? Les deux amis ont leurs deux paires d'yeux qui clignotent comme des loupiotes...Voyons donc pour plus tard... Dernier mot de Nicolas Sarkozy en forme de lapsus, il est mouvement vers la sortie : « Je suis quand même un drôle de type, non ? Je dois convaincre soixante-cinq millions de français, et je vous dis, là, que je voudrais continuer la conversation ! Hein ? Non ? Il n'y a pas autre chose à faire ? Quand même... ». Soixante-cinq millions c'est le nombre des français à convaincre d'amour, pas celui des électeurs à convaincre de voter... " Michel Onfray, philosophe
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